Durant vingt ans, Christoph Blocher et l’UDC auront fait la leçon à tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Dénonçant le copinage entre politiciens et monde des affaires, l’incompétence des dirigeants politiques, l’abandon des valeurs helvétiques, les ambitions personnelles. L’UDC se voulait le parti des gens honnêtes, de la justice populaire, le parti de la solidarité entre tous les Suisses.

Patatras. Comme dans un film des Marx Brothers, les dirigeants du parti populiste se sont pris les pieds dans le tapis, ont tiré la nappe et renversé la soupière. Depuis son recul aux élections fédérales d’octobre, les catastrophes se sont enchaînées pour l’UDC selon un scénario digne du burlesque. D’abord la débâcle des têtes d’affiche lors des élections au Conseil des Etats, puis le cafouillage pour trouver un candidat au Conseil fédéral, enfin un festival d’incompétences et de petites combines entre amis dans la désignation du candidat au poste suprême du pays.

Tout cela a une explication: la culture de la soumission au chef. Qui interdit toute initiative et responsabilité personnelles. On ne va donc pas verser de larmes de crocodile sur les problèmes d’un parti qui a longtemps dicté son agenda et son programme, fait macérer ce pays dans la peur et le rejet des autres.

A juste titre, beaucoup s’inquiètent de la dérive possible du premier parti du pays livré à une crise de confiance. Continuera-t-il son travail de sape alors que sur la libre circulation, les relations avec l’Union européenne, le financement des assurances sociales, l’avenir de l’industrie d’exportation ou de la place financière, la Suisse a besoin d’une forte cohésion au milieu d’une Europe instable?

L’inquiétude est justifiée. Mais l’optimisme aussi. Après tout, depuis quatre ans que l’UDC est sous-représentée au Conseil fédéral, cela n’a pas empêché la Suisse de maintenir sa croissance économique, de passer des accords sur le secret bancaire avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, de poser les jalons d’une nouvelle politique de l’énergie. Sans l’UDC, la Suisse marche aussi. Cela irait aussi, bien sûr, avec une UDC qui aurait vraiment envie de s’intégrer.