Les Suisses sont revenus bredouilles de Washington. Le fisc américain les a fermement éconduits. Les engagements pris en août dernier pour sauver UBS d’une procédure judiciaire aux effets potentiellement dévastateurs doivent être tenus. Les Américains n’entendent pas passer l’éponge sur les 4450 comptes qu’ils attendent depuis de très longs mois et dont la transmission a été compromise en quasi-totalité par un jugement du Tribunal administratif fédéral rendu le mois dernier.

Le message de l’administration américaine, à vrai dire, était parfaitement prévisible. Face à la fermeté de ses interlocuteurs, la Suisse, elle, n’a pas aujourd’hui l’embarras du choix. S’il ne veut pas perdre sa crédibilité face à ses interlocuteurs ni se placer en marge de la légalité, le Conseil fédéral n’en a guère, en réalité, qu’un seul – demander a posteriori l’aval du parlement.

Mais la ratification parlementaire ne sera pas aisée à obtenir, si elle peut l’être, sans même parler d’une éventuelle bataille référendaire. La gauche aura le sentiment qu’on lui demande d’assumer les conséquences de comportements, imputables en l’occurrence aux dirigeants d’UBS, qu’elle n’a jamais cessé de dénoncer. A droite, l’UDC aura beau jeu de donner libre cours à ses réflexes souverainistes.

Il n’est pas jusqu’à la position des libéraux-radicaux qui demeure très incertaine, leur président ayant suggéré il y a quelques semaines que la Suisse se contente d’expliquer à ses partenaires qu’elle n’était plus en mesure de donner suite à l’accord, et d’en rester là.

La partie sera dès lors extrêmement serrée. Elle sera, à n’en pas douter, un moment de vérité, une forme, pour les partis, de retour au réel, le brutal rappel qu’en matière de secret bancaire nous venons tout juste de changer de monde. Il faudra abandonner les postures essentiellement rhétoriques adoptées jusqu’ici, et que chacun soit capable de mesurer très soigneusement, et très froidement, les conséquences d’un éventuel refus, et de les assumer.

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