L’hédonisme de la glisse. La pureté des monts enneigés. La convivialité des funiculaires remplis de vacanciers, puis celle des bistrots embués de l’après-ski. Au moment où les courbes des nouvelles infections au coronavirus tombent, notamment dans les cantons romands, ces images familières comme autant de souvenirs du bonheur aident à se projeter loin de l’appesantissement de la deuxième vague. S’y abandonner, en cette fin d’année 2020 qui aura été si pingre en plaisirs, est une prophylaxie en soi.

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Alors que l’on a compris qu’il faut désormais vivre avec le risque et gérer nos vies en tenant compte des montées et des descentes du virus, il est normal que nos élus préparent l’opinion publique à une réouverture des activités traditionnelles, comme à celle des stations. Mais a-t-on réellement saisi, dans toute sa puissance dévastatrice, la portée du symbole que représenteraient les images des pistes suisses bondées alors que l’Union européenne aurait fait le choix de la prudence, en faisant une croix sur la première partie de la saison touristique? L’idée ne fait certes pas l’unanimité chez nos voisins et l’Autriche est déterminée à s’opposer à l’Allemagne et à la France, tenants de la fermeture des stations. Mais un retour au ski du «monde d’avant», comme semblent le préparer certains, au milieu d’un continent en état de choc à cause de la pandémie, parachèverait l’image d’un pays égoïste, obnubilé par le gain en dépit de tout.

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Il faut par ailleurs que cette conviction d’être un pays décidément pas comme les autres ait pénétré notre imaginaire au plus profond pour que nous oubliions si aisément les leçons de la deuxième vague. Sortie du premier passage du virus avec brio, la Suisse a sombré cet automne. Plusieurs de nos cantons ont occupé pendant un temps le sommet du classement des régions d’Europe où les contaminations étaient les plus vives. S’il y a un Sonderfall helvétique, c’est comme contre-exemple.

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La situation sanitaire commence à s’améliorer. La fin progressive des entraves est une nécessité psychologique et économique. Dans cette phase délicate, citoyens et élus feraient bien d’envisager la suite avec la modestie que le bilan suisse et les caprices d’un virus insaisissable devraient inspirer. La réouverture hâtive des restaurants, le 10 décembre, n’aura pas de conséquences funestes uniquement si tous respectent les règles sanitaires. Une éventuelle ouverture des stations ne pourra être envisagée que si des dispositions sont prises pour limiter l’afflux de skieurs, sur les pistes et dans les lieux de l’après-ski.