Les femmes et les hommes d’Etat n’auraient-ils pas le droit de continuer à gagner leur vie une fois retirés de la vie politique? On se souvient du tollé provoqué par les conférences payantes données par Nicolas Sarkozy une fois qu’il fut retourné à la vie civile, ce qui permit à ses ennemis de ressasser le yacht Bolloré, la Rolex et le Fouquet’s et d’en remettre une couche.

Mais, un peu plus tard, le socialiste François Hollande, qui s’était tant moqué de son prédécesseur de droite, a commencé lui aussi à s’exprimer dans divers cénacles contre espèces sonnantes et trébuchantes. Seule différence, il était nettement moins bien rémunéré…

Pour se dédouaner, il a promis de reverser une partie (laquelle?) des sommes ainsi engrangées à la fondation La France s’engage, ce que, bien entendu, personne n’a pris la peine de vérifier. De même, l’Allemagne a crié au scandale quand elle a découvert que le candidat social-démocrate contre Angela Merkel en 2013, Peer Steinbrück, avait royalement gagné 1,25 million d’euros en trois ans grâce à ses interventions publiques. Il était pourtant alors rendu à la vie civile et libre donc de la gagner à sa guise.

Indignation variable

Et que dire des critiques réservées à nos conseillers fédéraux quand ils se recasent? Même les choix de Doris Leuthard, tant adulée, n’ont pas eu l’heur de plaire: Stadler, Bell et Coop, pfft, quelle vulgarité pour une telle égérie! Et le socialiste Moritz Leuenberger, fer de lance socialiste, allant vendre ses services à l’entreprise de génie civil Implenia, shocking! Et Flavio Cotti collectionnant les conseils d’administration comme Fiat, Cablecom ou Credit Suisse. Et Ruth Metzler, partie panser ses plaies chez Novartis et PricewaterhouseCoopers, avant de prendre son indépendance en ouvrant son propre cabinet de conseil. Qu’auraient-ils donc dû faire?

Cependant, l’indignation est à géométrie variable. Personne en effet ne critique l’extraordinaire activité financière du couple Obama. L’ancien président démocrate des Etats-Unis et son épouse, tous deux juristes de formation, rentabilisent à fond leur notoriété, comme l’a fait Bill Clinton avant eux.

Outre leur contrat d’édition de 60 millions de dollars, ils donnent conférences sur conférences, rémunérées parfois en centaines de milliers de dollars: 400 000 pour Monsieur s’exprimant devant des entreprises de Wall Street ou 225 000 pour Madame lors d’une conférence sur les femmes.

Plus récemment, ils ont conclu un deal juteux avec Netflix, suivi d’un autre avec Spotify pour des podcasts: business as usual! Dès lors, leur fortune est désormais estimée en dizaines de millions, ce qui s’illustre dans un train de vie royal et une magnifique résidence de 800 mètres carrés à Washington et une autre à Chicago. Bien sûr, des versements caritatifs enrobent d’une aura humanitaire ces goûts de luxe pas très emblématiques du discours de gauche. Quant à leur fille Malia, 22 ans à peine, elle descend au Setai Miami, dont je vous laisse consulter les prix sur internet, et s’est choisi comme boyfriend un étudiant londonien dont le moins qu’on puisse dire est que papa n’est pas dans le besoin.

Qui coûte le plus cher

Pour ma part, je n’y trouve rien à redire, ni à gauche ni à droite, et préfère largement que les ex-chefs d’Etat fassent fructifier leur expérience plutôt que d’émarger à la caisse de l’Etat. En revanche, s’ils encaissent de tous les côtés, le bon peuple est en droit de la trouver saumâtre. C’est pourquoi, le seul système pertinent en cette matière doit conditionner, comme c’est le cas en Suisse, le versement de la rente à l’absence d’autres revenus lucratifs. Cessons donc de critiquer les élus qui s’engagent dans la vie économique active en renonçant à leur rente alors que d’autres optent pour des engagements bénévoles ou le farniente, touchant dès lors leur pension, parfois fort longtemps. Les beaux esprits qui se posent des questions morales devraient prioritairement se demander qui coûte le plus cher aux contribuables.

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