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Retraites: s’attaquer aux inconvénients des premier et second piliers

L’initiative AVSplus est une réponse aux bas rendements de l’épargne puisqu’elle accroît le rôle de la répartition, mais elle aggrave les effets de la transition démographique et de l’allongement de la durée de vie, montre notre chroniqueur Charles Wyplosz

L’initiative AVSplus n’arrive pas par hasard. Le second pilier souffre de la situation économique et, comme elle risque de durer, l’inquiétude monte. Derrière cette initiative se trouve un vieux débat non résolu, et qui n’est pas près de l’être. Le premier pilier fonctionne par répartition: on prélève sur les revenus des personnes actives ce que l’on verse aux personnes pensionnées. Le deuxième pilier fonctionne par accumulation: les cotisations des personnes actives sont investies pour générer des revenus qui sont distribués aux retraités. Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients.

Avec la répartition, les actifs d’aujourd’hui payent pour les retraités d’aujourd’hui. Ainsi s’instaure une solidarité entre générations, un peu comme si les enfants remboursent leurs parents qui ont pourvu à leurs besoins avant qu’ils ne gagnent leur vie, et la roue tourne. De plus, ce sont les deux parents qui bénéficient de la reconnaissance des enfants, pas seulement ceux qui ont eu un emploi rémunéré.

Lien entre les générations

Avant l’invention des retraites, avoir beaucoup d’enfants qui réussissent était la clé d’une vieillesse heureuse. Mais en rompant le lien direct entre parents et enfants, les incitations à avoir beaucoup d’enfants ont diminué. La baisse de la démographie implique que moins d’enfants doivent désormais payer plus si l’on veut maintenir le niveau de vie des anciens. L’allongement de la durée de vie, quand elle est supérieure à l’élévation de l’âge de départ à la retraite, contribue aussi à l’alourdissement du fardeau.

Les pensions capitalisées répondent à une logique plus individuelle. À travers sa caisse de pension, chaque employé épargne une partie de ses revenus qui sont investis. À l’âge de la retraite, les sommes épargnées et les intérêts récoltés sont alors reversés. Peu importe la démographie, chacun récupère sa mise.

Défauts renforcés par la baisse des taux d’intérêt

Mais trois gros défauts du second pilier émergent. L’allongement de la durée de vie devrait encourager à travailler plus longtemps pour pourvoir à une retraite plus longue, ce qui est impossible avec le départ obligatoire à un âge déterminé par la loi. Du coup, les sommes disponibles ne sont pas suffisantes pour maintenir les rentes.

Cet effet est renforcé par la baisse des taux d’intérêt, puisque les montants accumulés diminuent. En théorie, les caisses devraient accumuler des réserves lorsque les rendements de l’épargne sont élevés et puiser dans ces réserves durant les périodes de bas rendements. Encore faut-il qu’elles y soient autorisées et que ces périodes s’équilibrent, ce qui n’est pas le cas. Finalement, ceux qui n’ont pas eu de revenu rémunéré sont exclus. Le système du second pilier est donc une version tronquée de l’épargne individuelle. Le troisième pilier permet d’individualiser le système par capitalisation, mais il est relativement marginal.

S’attaquer aux inconvénients des deux méthodes

Le système suisse est original puisqu’il repose sur les deux méthodes, dont aucune n’est parfaite. En ne mettant pas tous les œufs dans le même panier, il compense les défauts d’une méthode par l’autre méthode, mais il combine aussi les inconvénients des deux méthodes. La baisse des taux d’intérêt rend aussi aujourd’hui la méthode par répartition plus attractive mais elle reste menacée par la transition démographique. L’immigration permet de réduire, voire d’éliminer cette menace, mais elle soulève d’autres questions, bien sûr.

L’initiative AVSplus est une réponse aux bas rendements de l’épargne puisqu’elle accroît le rôle de la répartition, mais elle aggrave les effets de la transition démographique et de l’allongement de la durée de vie.

Il serait utile de s’attaquer aux inconvénients de la mise en œuvre de chacune des deux méthodes: âge de départ à la retraite indexée sur l’espérance de vie, plus de souplesse accordée aux caisses de pension en matière de gestion et d’utilisation des réserves, et accroissement du rôle du troisième pilier.


Charles Wyplosz est professeur d’économie au Graduate Institute à Genève et directeur de l’International Center for Monetary and Banking Studies

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