Éditorial

Réunification allemande: le long processus de réconciliation

OPINION. Ce samedi, les Allemands fêtent le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin. L’occasion de faire un bilan des progrès accomplis en ex-RDA, mais aussi de célébrer le courage d’un peuple qui s’est soulevé pacifiquement contre une dictature communiste

L’ex-chancelier allemand Willy Brandt avait eu cette phrase mémorable, formulée au lendemain de la chute du mur de Berlin, qui avait surpris ceux qui n’osaient pas encore parler de réunification: «Es wächst zusammen, was zusammen gehört.» En substance, les deux Allemagnes appartiennent à un même ensemble et doivent se projeter dans l’avenir ensemble.

Trente ans après le 9 novembre 1989, date clé marquant la fin de la guerre froide et de la division de l’Europe, des voix critiques citent la forte montée du parti populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD) dans l’ex-RDA et la compétitivité insuffisante des entreprises dans la partie orientale comme des preuves irréfutables illustrant l’échec de la réunification allemande.

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Sans nier le décalage économique et social qui demeure en dépit de milliards d’euros d’investissements, on devrait plutôt se remémorer avec enthousiasme le courage de millions d’Allemands de l’Est. Des citoyens qui, plutôt que d’émigrer par la Hongrie, étaient restés au pays pour se soulever pacifiquement contre la dictature. Cet élan vers la liberté, qu’ont renforcé la perestroïka de Gorbatchev et l’état de délabrement de l’économie est-allemande, devrait être célébré. Il témoigne de la dignité d’un peuple opprimé qui a pris son destin en main.

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A Karlsruhe ou à Hambourg, on peut déplorer la lente faculté d’adaptation de la partie orientale de l’Allemagne. Mais on oublie un peu vite que réunir la RFA et la RDA, séparées durant quarante ans, l’une biberonnée par les Etats-Unis, l’autre par l’URSS, impliquait bien davantage qu’une mise à niveau économique. A la fin 1989, les Leipzigois imaginaient déjà la difficulté du processus de «umdenken», de s’adapter à une situation totalement nouvelle. Comme dans tout travail de mémoire et de réconciliation, les automatismes ne suffisent pas. Il faut du temps, souvent des générations pour que deux entités séparées se retrouvent. Dans une récente interview au Spiegel, la chancelière Angela Merkel le martèle. Le dialogue entre Allemands est largement insuffisant. Il doit se développer.

Le fait qu’une partie des ex-Allemands de l’Est se jettent dans les bras de l’AfD ne devrait pas surprendre. Ils ont l’impression qu’on leur a confisqué voire même oblitéré une tranche de leur existence, une part de leur identité. Après avoir perdu l’insouciance propre à la sécurité sociale garantie par un régime communiste, ils ont aussi subi de plein fouet les affres d’un libéralisme occidental qui s’est lui aussi fourvoyé. Comme le soulignait le politologue Jeffrey Winters dans Le Temps cette semaine, les démocraties libérales ont produit les sociétés les plus inégalitaires de l’histoire de l’humanité. 

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