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Carla Hilber del Pozzo

Pour réussir? Quitter l’école!

Philanthropie et éducation font bon ménage. Mais, comme le montre notre chroniqueuse, il y a mille manières d’encourager des jeunes à s’accomplir. Y compris celle qui consiste à les éloigner des cours d’écoles et des académies. La preuve par Thiel. Peter Thiel…

Avec des dons ayant atteint 38,87 milliards USD en 2011, l’éducation a traditionnellement la faveur des Américains. Ceci comprend les dons aux universités privées américaines, une tradition parmi leurs anciens étudiants. Indépendamment des différences culturelles, tous les philanthropes avec lesquels je collabore soutiennent des actions liées à l’éducation. Qu’elle soit de base ou professionnelle, qu’elle s’adresse à des enfants, des jeunes ou des parents, soutenir l’éducation, c’est donner accès à de meilleures conditions de vie. Au milieu de ce consensus, j’ai identifié une initiative étonnante qui invite les jeunes à se détourner de l’université.

L’Américain Peter Thiel (46 ans) a cofondé Paypal avec un camarade d’études rencontré en 1998. Ils vendent Paypal à eBay en 2002 pour 1,5 milliard USD. En 2004, Thiel rencontre Mark Zuckerberg et devient un des premiers investisseurs de Facebook. La liste de ses accomplissements professionnels laisse sans voix.

Entrepreneur visionnaire et investisseur, Peter Thiel est aussi philanthrope, comme nombre de ses pairs de la Silicon Valley. En 2007, il envisage d’apporter son soutien financier à des universités américaines. Il s’interroge alors sur l’impact d’un tel soutien en termes de création de valeur économique, d’innovation, mais aussi sous l’angle du temps requis pour atteindre le résultat voulu, c’est-à-dire voir aboutir les innovations dont notre société et notre économie ont besoin sans délai. C’est sur ce constat qu’il décide d’allouer son don à quelque chose de radicalement différent.

Né en 2011 sous le slogan «Parce que certaines idées ne peuvent tout simplement pas attendre», le programme «20 under 20 fellowship scheme» soutient de jeunes talents porteurs de projets audacieux et innovants dans lesquels la science et la technologie se rejoignent. Le programme en est aujourd’hui à sa troisième volée de jeunes «qui pensent à un horizon de deux à dix ans au-delà de ce que les gens considèrent possible aujourd’hui». Chaque année, une vingtaine de talents de moins de 20 ans reçoivent 100 000 USD pour une période de deux ans, afin qu’ils (ou elles!) se consacrent à plein-temps au développement de leurs idées prometteuses à caractère scientifique et technologique. En lieu et place d’enseignants, les jeunes sont encadrés par des mentors, entrepreneurs et industriels issus de la Silicon Valley. L’intensité de l’effort déployé pendant deux ans demande toute l’attention du jeune, d’autant plus que pour la majorité des projets, la fenêtre d’opportunité est étroite et n’attend pas.

Cette initiative qui bouscule radicalement l’idée selon laquelle faire de bonnes études assure le succès professionnel, un bon salaire, de bonnes relations, a suscité de nombreuses réactions. Aux Etats-Unis, il est fréquent que les étudiants s’endettent lourdement pour financer ces études. La situation économique ayant changé, les paradigmes sont appelés à faire de même. Le propos de Thiel n’est pas de détourner les gens de l’université mais bien de penser différemment (lui-même est issu de Stanford, tandis que Steve Jobs, Bill Gates et Mark Zuckerberg n’ont pas démontré les mêmes prédispositions académiques). Je vois surtout dans cette expérience innovante, très appliquée, à échelle humaine (20 étudiants par volée), l’action d’un philanthrope qui s’engage dans ce qu’il connaît le mieux, mobilisant des mentors de son réseau, afin d’augmenter le nombre d’innovations fondamentales qui arrivent dans l’économie. Et cela n’empêche pas de faire des études plus tard!

Carla Hilber del Pozzo, conseillère en philanthropie, mécénat et entrepreneuriat social – Philanthropica S.A.

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