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L'ancien secrétaire général du Parti communiste chinois Jiang Zemin lors de la lecture du rapport de Xi Jinping. Pékin, 18 octobre 2018.
© JASON LEE / Reuters

Nouvelles frontières

La réussite de la dictature chinoise n’a rien d’anodin

L’an prochain, le Parti communiste chinois aura été aussi longtemps au pouvoir que l’ex-Parti communiste d’URSS. Loin de s’effondrer, il se projette en 2049 pour le centenaire de sa prise de pouvoir. C’est l’un des plus sérieux défis pour les démocraties

La scène d’un Jiang Zemin (ancien dirigeant) bâillant sans fin aux côtés d’un Li Keqiang (actuel premier ministre) piquant du nez, au premier rang du Comité central, aurait pu être l’image emblématique de l’ouverture du Congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui a vu le secrétaire général, Xi Jinping, réciter durant trois heures et 25 minutes un texte dans le meilleur jargon de la dictature. Dans le Palais du peuple, face à 2300 délégués, le maître de Pékin a tenu un discours d’une durée inégalée depuis Mao Tsé-toung et, à vrai dire, insoutenable même pour les membres les plus aguerris du parti. Les photos attestant de cet ennui – qui ont fait le bonheur des réseaux sociaux – sont restées invisibles en Chine grâce à la censure. Les Chinois, via une application de smartphone, étaient en revanche invités à applaudir les meilleurs extraits du rapport du secrétaire général en tapotant leur écran.

Jiang Zemin, âgé de plus de 90 ans, a une excuse: ce discours, il l’a déjà entendu des milliers de fois. Il l’a lui-même prononcé à de nombreuses reprises, y compris deux fois en tant que secrétaire général. La «nouvelle ère» annoncée par Xi Jinping (l’idéologie du régime sera complétée par la «Pensée Xi Jinping du socialisme à la chinoise de la nouvelle ère») est, à quelques nuances près, le même refrain qu’il avait tenu, dans la même salle, il y a quinze ans (mais en moins de deux heures). A l’époque, il était un peu plus question de marché, mais la conclusion était identique: en Chine, «le parti contrôle tout et partout».

Avec l’aide du Big Data

Faut-il voir dans l’expression de cette lassitude l’effet de l’usure d’un système comparable au lent déclin de l’ex-URSS sous Brejnev? Rien n’est moins sûr. Si la chorégraphie du PCC donne l’impression d’une valse de fossiles, la réalité est celle d’un régime qui s’adapte parfaitement à la modernité technologique. Le pouvoir chinois maîtrise mieux que tout autre Etat l’usage du Big Data, en particulier pour contrôler sa population. En cela, Pékin est à la pointe de l’innovation politique.

Une longévité qui interpelle

Plutôt que l’usure de la dictature chinoise, c’est sa longévité qui doit nous interpeller. L’an prochain, le PCC égalera le record du Parti communiste de l’Union soviétique au pouvoir (69 ans, si l’on retient la date de 1922, année où fut établie l’URSS). Le «socialisme» chinois promet de durer pour les siècles à venir. En 2021, le parti fêtera le centenaire de sa création et réalisera le but d’établir une «société modérément prospère». En 2049, pour le centenaire de sa prise du pouvoir, il promet l’avènement d’une «nation pleinement développée». Entre ces deux dates, en 2035, Xi Jinping a affirmé que le parti aura «essentiellement réalisé la modernisation socialiste». La Chine sera alors une «puissance globale dirigeante».

Réussite du capitalisme autoritaire

Alors que bien peu de personnes pariaient sur la survie du régime il y a 25 ans, au lendemain du massacre de Tiananmen, ceux qui tablent sur l’effondrement prochain d’un système certes corrompu mais néanmoins économiquement performant sont aujourd’hui très minoritaires. La Chine, souligne le secrétaire général du parti, s’est modernisée sans emprunter de recette politique à l’Occident. Elle offre donc «un choix nouveau pour d’autres pays ou nations qui veulent accélérer leur développement tout en préservant leur indépendance».

Cette réussite, celle, pour être précis, du capitalisme autoritaire, si elle devait se confirmer, serait l’un des grands défis posés aux Etats démocratiques. L’instabilité présente de ces derniers donne des raisons d’espérer à tous les tenants d’un ordre fort. Et le PCC leur offre un nouveau mode d’emploi.

Lire aussi: Vive la grandiose pensée du président Xi!

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