éditorial

La revanche de l’imagination

Jules Verne est décédé en 1905. Il est plus vivant que jamais. Il reste l’auteur français le plus traduit et le plus lu dans le monde, derrière Victor Hugo. Il entre dans la Bibliothèque de la Pléiade. Consécration tardive pour un visionnaire trop longtemps ravalé au rang d’auteur pour la jeunesse

Jules Verne est décédé en 1905. Il est plus vivant que jamais. Il reste l’auteur français le plus traduit et le plus lu dans le monde, derrière Victor Hugo. Il entre dans la Bibliothèque de la Pléiade. Consécration tardive pour un visionnaire trop longtemps ravalé au rang d’auteur pour la jeunesse.

Dictés par une ambition encyclopédique, les 62 romans de Jules Verne accompagnent la mutation du monde. L’écrivain avait pour objectif de «dépeindre la Terre et l’Univers». Proche du pragmatisme anglo-saxon, il propose une vision laïque et fait entrer la science, la technologie dans la littérature.

La locomotive à vapeur partie depuis longtemps au musée, Jules Verne continue de faire rêver. Ce ne sont plus ses vertus didactiques qui fascinent mais la puissance de son imagination, sa verve romanesque et les doutes qui transparaissent sous l’idéologie positiviste. La plupart des inventions fabuleuses finissent à la casse. La volonté de dominer le monde s’avère incertaine. En alliant l’aventure à la description de la révolution industrielle, Jules Verne renoue avec des mythes fondateurs – Prométhée, Icare, l’Odyssée. Il ancre des personnages dans l’imaginaire collectif: le capitaine Nemo, qui hante l’abysse comme la mauvaise conscience de l’humanité, Phileas Fogg, le dandy qui défie le temps, Robur, le conquérant mégalomane dont l’engin volant porte le nom d’Albatros, l’emblème des poètes.

Aujourd’hui, le rapporteur des merveilles du monde et de la science tend à s’effacer derrière le poète. La plupart des spécialistes s’accordent à penser que Rimbaud a lu Vingt Mille Lieues sous les mers avant de chanter «le rut des Béhémots» dans «Le Bateau ivre». Alfred Jarry et le Collège de pataphysique ont célébré la découverte du pôle Nord par le capitaine Hatteras. Entre les champignons géants de L’Etoile mystérieuse et la fusée d’Objectif Lune, les motifs verniens abondent dans Tintin. En science-fiction, le courant «steampunk» est directement issu de l’univers de Verne. Et lorsque Bertrand Piccard fait le tour du monde en ballon, l’ombre du Victoria du Dr Fergusson l’accompagne…

Les Voyages extraordinaires nous renvoient à l’enfance. Celle des après-midi passés à arpenter terre, mer et ciel avec Jules Verne. Et celle de l’humanité, quand le monde était vaste et l’avenir prometteur. Nous sommes tous des enfants du capitaine Grant .

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