Les élections régionales et départementales françaises n’ont pas accouché d’un séisme politique. Elles ont au contraire, sur fond d’abstention massive, confirmé une réalité que de nombreuses études d’opinion dessinent depuis des années: le basculement de l’électorat majoritaire vers la droite traditionnelle, faute d’alternative jugée crédible du côté des extrêmes, de la social-démocratie et des écologistes (qui ont néanmoins le vent en poupe). Un basculement que «l’affaire» Fillon avait, en 2017, mis entre parenthèses alors que l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy avait, selon les sondages, toutes les cartes politiques en main pour s’installer à l’Elysée.

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Le coup d'arrêt pour Macron et le RN

La surprise – il y a en a quand même une – réside en revanche dans le coup d’arrêt porté aux tentatives d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen de prendre en étau l’électorat conservateur pour mieux le dépecer. Le premier, ministre de l’Economie dans un gouvernement socialiste sous François Hollande, courtise, depuis le début de son mandat, tout ce que la droite compte de centristes, de libéraux et d’européens convaincus. La seconde espérait, par son positionnement sécuritaire, protectionniste et xénophobe, faire main basse sur un électorat plus radical, plus populaire et anti-UE. Mais le mouvement présidentiel La République en marche, tout comme le Rassemblement national, ont buté ce dimanche sur l’ultime verrou: la force de l’ancrage et de l’enracinement des sortants, lorsqu’il s’agit de choisir des dirigeants locaux, à la tête de collectivités attendues sur le terrain des services publics et des infrastructures.

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La droite française n’a pas ressuscité ce week-end. Elle s’est simplement appuyée sur de bons candidats et sur leurs bilans, incarnant une forme d’assurance dans un pays chamboulé et fragilisé par la pandémie. Ce refus du risque a d’ailleurs aussi profité aux présidents sortants socialistes des exécutifs régionaux. Tous ceux que l’enjeu de ce scrutin laissait indifférents ayant boycotté les urnes, une bonne partie des 27,8% de votants ont misé, dans l’isoloir, sur le principe de précaution. Pas sûr, dans ces conditions, qu’Emmanuel Macron ait intérêt à relancer ses réformes – et les risques qui vont avec – d’ici à la fin de son mandat.

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