Éditorial

Réveil tardif

La Suisse se trouve confrontée à un afflux de requérants d’asile mineurs et non accompagnés. La Confédération renvoie la balle aux cantons qui tardent à mettre en place un encadrement spécifique

«Mais je n’ai jamais su lire une carte!» C’est ce que nous a confié Mamadu, un requérant d’asile de 14 ans venu seul en Suisse, à qui des fonctionnaires du centre d’enregistrement de Vallorbe ont tendu une carte topographique pour qu’il se rende à Lausanne, rejoindre le foyer pour MNA. MNA? Mamadu en est un. Trois lettres pour dire «requérant d’asile mineur non accompagné». Il ne sait pas lire une carte, mais il a traversé plusieurs pays d’Afrique à pied, est tombé sur des passeurs peu scrupuleux, a évité de justesse un naufrage en Méditerranée, a ensuite erré de longs mois en Italie, avant d’être dirigé vers la Suisse. Il fait partie de ces jeunes qui ont grandi trop vite. Mais qui ne doivent pas pour autant être traités comme des adultes.

Comme d’autres pays, la Suisse se trouve depuis peu confrontée à un afflux de MNA. Depuis 2013, leur nombre a quintuplé. Alors qu’ils n’étaient que 300 à avoir déposé une demande d’asile en Suisse en 2013, ils sont déjà plus de 1500 à l’avoir fait cette année. Ce n’est que sous pression, et face à un nombre qui ne permet plus de fermer les yeux, que les cantons semblent, enfin, prendre conscience du besoin de leur offrir un encadrement spécifique.

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Ce réveil est tardif. Certains ont ouvert il y a plusieurs années déjà des foyers exclusivement consacrés aux requérants mineurs sans famille. C’est le cas, par exemple, du canton de Vaud. Mais ailleurs, ils sont encore placés dans des centres avec des requérants adultes, voire dans des abris PC. Avec les risques de pressions psychologiques et de violences, y compris sexuelles, qui en découlent. Et les tentatives de suicide qui peuvent y être corrélées.

Les cantons ne sont pas les seuls responsables de cette situation indigne, où des enfants de parfois 12, 13 ans, se retrouvent livrés à eux-mêmes, mal aiguillés, avec le risque – calculé diront les plus cyniques d’entre nous – qu’ils disparaissent dans la nature.

Le Secrétariat d’Etat aux migrations a également sa part de responsabilité. Pousser tous les cantons, déjà pris à la gorge, à accueillir ces MNA, ne suffit pas. Certes, leurs dossiers sont traités en priorité pour qu’ils quittent le plus rapidement possible les grands centres fédéraux. Mais un encadrement correct a un prix et la Confédération devrait faire un geste supplémentaire.
Conseillère fédérale socialiste chargée de l’Asile, Simonetta Sommaruga se dit préoccupée par la situation des MNA. Elle dit également être consciente des criantes disparités cantonales, avec des bons élèves et d’autres qui peinent à quitter leur bonnet d’âne. Mais se contenter de renvoyer la balle aux cantons, responsables de l’hébergement, et attendre que ces jeunes grandissent pour statuer sur leur sort, n’est plus une réponse satisfaisante. Les MNA, malgré leurs parcours de vie, leurs pérégrinations, un sens du système D et une maturité à toute épreuve, restent des enfants. Qui ne se résument pas à trois lettres.

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