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Exemple ce matin avec cette information qui s’est disséminée en ce début d’année comme pollen dans un ciel de printemps: l’introduction, par la Finlande d’un revenu de base inconditionnel auprès de quelque 2000 chômeurs. Un test, donc, dont le parlement finlandais avait accepté le 13 décembre le principe et qui est entré en vigueur le 1er janvier 2017.

Mais le principe et sa philosophie, quel est-il, tout d’abord? L’Agence France Presse nous apprend que «sur deux ans, en 2017 et 2018, l’Etat comparera la trajectoire de ces 2000 chômeurs entre 25 et 58 ans, choisis au hasard et contraints de participer à l’expérience, avec celle d’un groupe test de chômeurs touchant environ ce même montant en prestations sociales. L’objectif étant de savoir si, comme le pense le gouvernement, les chômeurs recevant le revenu de base seront plus motivés à trouver un emploi ou à créer une entreprise sachant qu’ils garderont dans ce cas leur revenu de base.»

Le top de départ a donc été donné ce 1er janvier, et depuis, c’est la pluie de commentaires où que l’on se tourne et particulièrement sur les réseaux sociaux. Taper, pour vous en rendre compte, dans le domaine anglophone les mots-clés «Finland basic income», en allemand «Finland Bedingungsloses Grundeinkommen» ou en français simplement «Finlande», le tout en mode «Actualité», et c’est l’avalanche. Sans compter qu’en France, le revenu universel de base est au programme du candidat socialiste Benoît Hamon, et que la proposition fait débat au sein du parti socialiste français (ou de ce qu’il en reste), comme en témoigne Marianne.

Deux exemples de par le monde, donc. Commençons par le site de la RTBF, en Belgique: Titre de l’info: «560 euros par mois à vie et sans conditions, le revenu universel est une réalité en Finlande». Il poursuit: «Beaucoup de pays y pensent, la Finlande l’a fait. Depuis ce 1er janvier, 2000 chômeurs bénéficient d’une allocation universelle de 560 euros par mois, revenu qui pourrait être ultérieurement accordée à tout citoyen finlandais, sans conditions.»

Sandro Faes, l’auteur de l’article, rappelle ensuite que le revenu universel de base est une idée qui parcourt aussi bien la gauche que la droite, les socialistes que les libéraux. Que tout le monde observe le test avec impatience, et qu’il pourrait être le prélude à une généralisation.

Dans les pays d’expression francophone, cet enjambement des clivages gauche-droite est ce qui retient dans toute la discussion. Histoire de signifier que la problématique dépasse les clivages partisans.

Aux Etats-Unis, très symptomatiquement, ce sont les robots et la fin du travail qui tétanisent journalistes et lecteurs. Mais c’est aussi, d’abord, l’ébahissement. Catherine Clifford sur CNBC, une chaîne américaine d’info financières: «Pourquoi la Finlande est en avance sur les Etats-Unis avec son revenu garanti». En avance? Tu l’as dit bouffi! Et ce n’est pas Karl Widerquist, le fondateur d’une association prônant le revenu de base aux Etats-Unis et que cite CNBC, qui contredira le titre: «La Finlande a déjà un service de soin universel. L’étape suivante est naturellement le revenu universel».

Un autre spécialiste, convoqué à la barre par Catherine Clifford, est l’auteur d’un best-seller aux Etats-Unis, Martin Ford. Titre de l’ouvrage: «Rise of the Robots: Technology and the Threat of a Jobless Future». «La montée en puissance des robots: technologie et la menace d’un futur sans travail.»

Et c’est parce que le futur pourrait se présenter sans plus de travail, que l’on est ainsi amené à conclure avec Elon Musk, lui aussi cité dans l’article: «Si les robots prennent votre travail, le gouvernement pourrait avoir à vous payer pour vivre.»

Passionnante conclusion en vérité. Que Martin Ford escorte de cette réflexion: «Beaucoup de travailleurs en Finlande habitués à avoir de bons emplois, par exemple chez Nokia, sont aujourd’hui au chômage. Beaucoup de ces gens ont de bonnes capacités et pourraient commencer un business pour eux-mêmes ou faire des petits jobs à moindre prix. Mais les programmes traditionnels d’aide au chômage ne leur permettent pas d’agir de la sorte, car alors ils perdraient leurs allocations-chômage. Un revenu de base inconditionnel leur permettrait de le faire en assurant leurs arrières et leur octroyant un filet minimal de sécurité».

Mais, remarque l’article, ce qui est possible en Finlande, risque de ne pas l’être aux Etats-Unis: «It may be an empathy gap»: «Un hiatus dans l’empathie», que la chose est bien formulée par Misha Chellam, qui, voyant venir la problématique, a fondé une société de coaching autour du revenu de base universel.

Lire aussi: «Revenu de base, naissance d’une utopie»

Et pour qui voudrait, en ce début janvier, lire l’article le plus exhaustif au titre le plus provocateur, on conseillera de parcourir celui de Die Welt, dont le titre est tout un programme sur Google: «Grundeinkommen, macht es Menschen frei oder faul?», «Le revenu de base rend-il les hommes libres ou paresseux?» L’univers germanique a chevillé au corps, depuis Kant, les impératifs de la morale pratique. Cette question leur va à ravir. Temps de lecture: cinq minutes. Il les vaut.

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