Le 27 août 1955, la Gazette de Lausanne publiait une chronique d’Henri Calet intitulée «Frivolités». L’écrivain français y racontait sa visite dans la boutique de Christian Dior à Paris. Sous ses allures de promenade, le papier avait ses acidités: «C’est un peu plus loin que j’ai vu une chose des plus curieuses: une mite qui volait autour d’une lampe. Mais une mite d’une espèce tout exceptionnelle, telle que je n’en verrai plus jamais d’autres. Une mite de chez Dior, brillante, dorée, débordante de santé, l’équivalent d’un pur-sang chez la race chevaline, une petite bête nourrie exclusivement de tissus hors de prix: satin, mousseline, tulle, velours, dentelles… Je n’avais pas perdu ma journée.» 

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La Gazette achetait à Calet des articles qu’il vendait pour arrondir ses fins de mois serrées. Je cite celui-là parce que son signataire, auteur d’une vie mal commencée en 1904 et terminée prématurément en 1956, s’était fait détester des Vaudois: quatre articles légers publiés entre le 4 juillet et le 4 septembre 1946 par l’hebdomadaire Servir avaient passé à leurs yeux pour un affront. Trop de petites drôleries et pas assez de gravité sur un pays douillettement installé dans l’après-guerre quoique terrifié, encore, par le feu auquel il avait échappé. Le confort, oui, mais l’âme suisse, qu’en savait-il, hein, ce Français?