Les pieds dans le plat

Les rêveries d’un piéton solitaire

OPINION. Pour sa dernière chronique avant la pause estivale, notre chroniqueur David Hiler propose de prendre le temps de rêver un peu en essayant d’imaginer ce que pourraient être l’agglomération et la mobilité de demain

L’été enfin! Le soleil brille, l’école est finie et ça sent les vacances. Oublions donc un instant les Trump, Erdogan et autres Salvini, faisons l’impasse sur l’immobilisme attristant des Chambres fédérales et ignorons les pitreries ordinaires de la politique genevoise!

Prenons plutôt le temps de rêver un peu en essayant d’imaginer ce que pourraient être l’agglomération et la mobilité de demain. En fait, notre ville a beaucoup changé au cours des trente dernières années, non pas que l’on y ait beaucoup construit mais parce que l’espace public a été largement remodelé. Pendant les Trente Glorieuses, l’automobile avait conquis la ville et accaparé l’espace public. Depuis le début des années 1990, la tendance s’est inversée; les transports publics ont regagné du terrain et les pistes cyclables ont obtenu droit de cité. Partout, du centre-ville aux quartiers résidentiels campagnards, en passant par les banlieues, de véritables îlots de tranquillité et de sécurité se sont constitués: les fameuses zones 30.

Pour ceux qui comme moi se déplacent essentiellement à pied ou en transports publics, le contraste entre ces zones et les grands axes routiers est saisissant. Je n’ai qu’une centaine de mètres à marcher pour fuir la bruyante rue de Lyon, dont le goût de bouchon m’insupporte, pour me retrouver dans le paisible quartier de Saint-Jean, verdoyant, presque silencieux, qui vit sous le régime des 30 km/h. La vitesse est limitée, mais la circulation est fluide. On traverse les rues sans crainte et les automobilistes se montrent en général attentifs et prévenants.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin

Il y a trente ans, celui qui osait défendre une généralisation des zones 30 dans les quartiers d’habitation passait pour un doux rêveur. Les mentalités ont changé: peu à peu, la plupart des gens ont compris que plus on laissait de la place au trafic automobile, plus le trafic était dense et plus les temps de déplacement augmentaient.

Ce qui était impensable hier est donc devenu la réalité d’aujourd’hui, alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin? L’irruption de nouvelles technologies nous donne une occasion unique de faire de la ville un lieu au moins aussi agréable à vivre que la campagne.

Quel que soit le développement des transports publics et de la mobilité douce, le véhicule individuel restera indispensable. L’automobile de demain sera probablement bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Dans une première étape, la voiture électrique (ou à hydrogène) s’imposera progressivement. Pour l’heure, ce processus est freiné parce que la capacité de stockage des batteries est insuffisante et que la vitesse de chargement est trop lente. Il faudra sans doute cinq à dix ans pour que ces problèmes soient résolus. Avec cette nouvelle génération de voitures, on en aura fini avec les nuisances sonores et la pollution (pour autant que l’électricité provienne d’une énergie propre).

Révolution de la voiture autonome

Toutefois, la problématique de l’encombrement restera entière; les pendulaires continueront à perdre leur vie à ne pas la gagner sur des pénétrantes saturées.

C’est donc bien la voiture autonome qui constituera la véritable révolution. Il sera alors inutile de posséder sa propre voiture lorsqu’on habite en milieu urbain, puisqu’il suffira de commander un véhicule pour se faire déposer à la destination souhaitée.

La conséquence la plus marquante sera de réduire le nombre global nécessaire de voitures – chacune pouvant assurer le déplacement de deux ou trois pendulaires (tout le monde ne commence pas à travailler à la même heure). Une partie des véhicules pourra être conçue pour ne transporter qu’une personne, diminuant ainsi l’emprise sur la chaussée. Il sera possible de réduire de façon drastique le nombre de places de parking nécessaires en surface. Des surfaces considérables qui seront mises à disposition, sur la chaussée ou dans les cours d’immeubles pour, selon les cas, assurer la mise en site propre de l’intégralité des transports publics, compléter le réseau des pistes cyclables, élargir un trottoir, ou encore réaliser une petite place de jeux, un parc public ou un jardin potager.

Alors, si le cœur vous en dit, arpentez les rues de votre quartier et amusez-vous à imaginer par quoi vous pourriez remplacer ces longues files de voitures parquées.


Lire aussi: Vincent Kaufmann: «Ne pas être contraint de se déplacer sans cesse devient un luxe»

Publicité