Monsieur le conseiller fédéral,

Profitant de l’habituelle désunion des médecins qui n’ont pas encore su s’entendre sur la révision du Tarmed, vous entendez imposer au 1er janvier 2018 une dépréciation massive et généralisée des interventions chirurgicales réalisées en ambulatoire sous prétexte qu’elles sont surévaluées et dans un but d’égalisation des revenus avec les médecins de premier recours.

Bravo, enfin un moyen simple et efficace pour réduire les coûts de la santé! De toute façon, les spécialistes sont des nantis… En y regardant de plus près, cette révision des tarifs extrêmement brutale aura immanquablement des répercussions délétères également pour les patients.

La valeur médicale des interventions chirurgicales chute entre plus d’un quart et la moitié pour la plupart gestes voire jusqu’à plus de 70% dans certains domaines. Contrairement à ce que l’on pense et mis à part quelques exceptions telles que la fameuse opération de la cataracte régulièrement ciblée, la majorité des interventions n’ont pas beaucoup varié dans leur durée d’exécution ces dernières années. Le Tarmed actuel est loin d’être la poule aux œufs d’or que certains imaginent.

L’exemple du tunnel carpien

Prenons un exemple parmi tant d’autres d’une opération classique telle que le tunnel carpien. Sa valeur Tarmed pour la part médicale passe de 177 à 82 pts (pt Tarmed à 96 ct actuellement), soit une baisse de 53%. Cette intervention qui occupe le chirurgien environ une demi-heure compte tenu des temps morts, de l’anesthésie et des mesures d’asepsie vaudra à l’avenir moins de 40 fr. déduction faite des charges sociales et des frais du cabinet. De qui se moque-t-on? Comment peut-on ainsi dévaloriser notre responsabilité, les risques encourus et notre niveau de formation, sans parler des autres astreintes qui nous sont imposées? Et de quel droit pouvez-vous considérer que nos interventions, même celles hautement spécialisées, vaudront dorénavant nettement moins que le même temps passé en consultation? Voulez-vous que les spécialistes se détournent de leur domaine d’excellence et que les jeunes renoncent à se former dans les domaines d’avenir? Connaissez-vous d’autres professions qui accepteraient de se soumettre à un tel régime draconien? Pour rentrer dans leurs frais, certains spécialistes se verront obligés d’augmenter la cadence de leurs actes au risque de baisser leur qualité tout en prenant des risques inutiles et en ruinant leur propre santé.

La plupart d’entre nous seront totalement démotivés et renonceront simplement à réaliser une bonne partie des interventions pour lesquelles nous avons été formés, alors même que l’activité ambulatoire devrait être favorisée pour optimiser la qualité des soins et diminuer les coûts.

Médecine à deux vitesses

De manière très réfléchie vous voulez en même temps imposer des listes d’interventions qui ne seraient remboursées que si elles sont réalisées en ambulatoire. A vouloir tout réguler uniquement selon une logique économique, vous voulez en plus priver le médecin de son jugement et de son bon sens pour chaque situation particulière concernant son patient.

L’activité hospitalière privée étant tellement plus lucrative, les opérations ambulatoires ont d’ores et déjà été abandonnées par la plupart des cliniques privées. Même dans le secteur public, le patient aura des difficultés à trouver un spécialiste pouvant ou voulant bien le prendre en charge. Les listes d’attente pour les interventions non urgentes vont donc s’allonger. Les dépassements d’honoraires, discutables sur le plan déontologique voire légal mais déjà en pratique chez certains, risquent de se généraliser au détriment des plus démunis, de la transparence et de la relation privilégiée médecin-malade.

Au final, c’est bien une baisse de qualité des soins et une médecine à deux vitesses que vous aurez encouragées.

En vous souhaitant de rester en bonne santé, veuillez croire, Monsieur le Conseiller fédéral, à l’expression de ma parfaite considération.


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