C’était en 2019, l’année des dernières élections fédérales. Durant sa présidence de la Confédération, Ueli Maurer avait célébré la Suisse, «ce modèle de réussite dont le système de démocratie directe permet à ses citoyens de décider eux-mêmes de leur destin». Un précieux héritage à préserver, constitué de «liberté, sécurité, indépendance et autodétermination».

C’était en 2019 toujours. A deux reprises à Berne, la place Fédérale est investie par plusieurs dizaines de milliers de personnes à l’occasion d’abord de la grève des femmes, puis de celle du climat et de ses sympathisants. La rue clame sa colère et siffle le Conseil fédéral autant que le parlement, ce qui se traduira par les vagues violette et verte lors des élections.

Non, le système suisse n’est pas aussi parfait que le chantent les chantres de la démocratie directe. Ces dernières années, toutes les réformes importantes se sont soldées par des fiascos retentissants, à commencer par celle des retraites et de la loi sur le CO2. Sans parler de l’Europe, où le Conseil fédéral s’est révélé incapable de moderniser la voie bilatérale avec l’UE, notre plus important partenaire économique. Politiquement, la Suisse est complètement bloquée.

Dans ce contexte, l’appel à des panels citoyens – comme ce sera le cas à Genève ce mois – est une belle occasion de revivifier cette démocratie en panne. Les membres de ces conseils sont tirés au sort, puis sélectionnés de manière à ce qu’ils représentent toutes les couches de la population, ce qui n’est pas le cas au parlement puisque l’on estime par exemple qu’un siège zurichois au Conseil national coûte au minimum 150 000 francs en frais de campagne. Ils sont d’emblée débarrassés des deux fardeaux qui pèsent sur tout élu sous la Coupole: les carcans partisans et le souci de la réélection. Ils sont mieux à même d’esquisser des solutions à long terme.

Dans l’interview qu’il accorde au Temps, le politologue de l’Université de Genève Nenad Stojanovic propose de remplacer les traditionnelles procédures de consultation par ce genre de panels. Une piste à suivre tant cet exercice est aujourd’hui squatté par les partis et les lobbies. En amont du processus législatif, la Suisse pourrait ainsi exploiter une nouvelle force citoyenne qui ne demande qu’à s’exprimer.