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Carlo Cottarelli, le «pompier» de la République.
© Stephen Jaffé/AFP

Revue de presse

Et revoici «Monsieur Ciseaux», Carlo Cottarelli, pour «sauver» l’Italie

Le président de la République n’a pas cédé au M5S et à la Ligue, qui voulaient lui imposer un ministre très eurosceptique aux manettes financières du futur gouvernement Conte. Du coup, tout est à refaire. A l’horizon: un cabinet «technique», jusqu’à de nouvelles élections

Acte X d’une tragicomédie sans fin. Giuseppe Conte ne dirigera finalement pas le prochain gouvernement italien censé unir les droites dures du paysage politique. Il y a renoncé ce dimanche soir après son entrevue avec le président de la République, Sergio Mattarella, qui a jugé irrecevable la proposition de Paolo Savona – voir son portrait brossé par Les Echos – comme superministre de l’Economie et des Finances. Pas question, pour le Quirinal, d’adouber ce «sulfureux professeur en guerre contre la monnaie unique», dit Le Figaro, qui a accumulé, au cours de toutes ces dernières années ses «diatribes contre l’Allemagne et contre l’Europe de Maastricht, dès la signature du Traité européen en 1992».

Lire aussi: Le premier ministre désigné Giuseppe Conte jette l’éponge

Pour cet homme qui apparaissait déjà très capricieux une année plus tard dans le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne, l’euro représente en effet «un instrument d’asservissement» par Berlin, vision bien peu compatible avec l’Union européenne qu’il a toujours effrayée. Résultat des courses, plus de quatre-vingts jours après les élections, «l’Italie n’a toujours pas de gouvernement – un record pour dans l’histoire de cette République», rappelle le Corriere della Sera, cité par Courrier international.

Le Quirinal avait «demandé la nomination d’un représentant de la majorité qui ne mettrait pas l’Italie dans une position difficile» vis-à-vis de Bruxelles, car, dit Mattarella, elle est «un des pays fondateurs de l’Europe. Le choix de rejoindre l’euro est un choix fondamental pour notre pays et notre avenir, si nous voulons y renoncer, nous devons l’examiner avec précaution.» Le mot est faible, mais on y lit déjà la perspective d’un retour aux urnes pour les citoyens de la Péninsule: «Je me réserve le droit de prendre cette décision dans les prochaines heures», a dit le président.

Et maintenant?

Et en attendant? L’économiste Carlo Cottarelli, convoqué ce lundi matin par la présidence, devrait expédier les affaires courantes et instaurer l’austérité au sein d’un «gouvernement technique». Ce n’est pas un inconnu. Ce très grand professionnel, diplômé en sciences économiques et bancaires de l’Université de Sienne et de la London School of Economics, avait déjà été chargé du commissariat à la révision de la dépense publique par le gouvernement Letta, qui avait tenu une dizaine de mois entre 2013 et 2014, dans un contexte déjà extrêmement difficile. Surnommé «Monsieur Ciseaux», il sera aussi exposé à l’ire des militants qui n’ont de loin pas voté au mois de mars pour celui qu’ils considèrent comme un fléau du capitalisme, le «diable» des marchés:

L’Italie s’enfonce ainsi dans une nouvelle crise politique. Peut-être «sans précédent», aux yeux de La Stampa, car cette fois, le président «n’a pas cédé». «A la Ligue du Nord et au M5S, qui voulaient lui imposer un ministre» impossible à accepter, il «a opposé une fin de non-recevoir». Du coup, «l’impasse politique risque» de se transformer en une de ces «nouvelles crises institutionnelles» dont les Italiens ont le secret et qu’ils savent toujours admirablement relativiser. Savona, c’était «la ligne rouge à ne pas franchir» pour un président resté ferme, garant des valeurs nationales et de la Constitution. Et dont Giuseppe Conte a d’ailleurs demandé la destitution «pour haute trahison». Rien que ça.

A l’Economie, un homme toujours clé

Lugi Di Maio, patron de M5S, et Matteo Salvini, leader de la Ligue, ont beau aussi exprimer leur sombre colère dans la plus pure tradition de la commedia dell’arte, qui saisit régulièrement le paysage politique italien, ils feignent d’ignorer que, systématiquement, l’homme désigné au Ministère italien de l’économie incarne depuis la fin de la guerre «un message immédiat de confiance ou d’alarme pour les acteurs économiques et financiers», relaie La Repubblica. Quotidien fidèle à la ligne du Quirinal, comme d’autres politiciens italiens réputés nuancés et heureusement plus prompts à défendre les valeurs nationales et européennes:

Ancien haut fonctionnaire du Fonds monétaire international (FMI), Carlo Cottarelli n’a pas été choisi au hasard par son mentor, qui connaît très bien ses tirs à vue sur le programme commun de la Ligue et du M5S et évaluait son coût, faramineux, «entre 108 et 125 milliards d’euros», dans un récent article du quotidien économique Il Sole 24 Ore. Seulement voilà: il y a encore un écueil, que relève le HuffingtonPost. fr: le gouvernement Cottarelli «n’a quasiment aucune chance d’obtenir la confiance du parlement, tant le M5S et la Ligue sont vent debout contre lui». Salvini «a dénoncé un Monsieur Personne qui représente la finance internationale» et Di Maio «un de ces experts donneurs de leçons qui nous ont accablés en taillant dans la santé, l’éducation, l’agriculture…».

Le Quirinal renforcé

Ainsi, l’unique mission du courageux Cottarelli, s’il accepte son mandat, sera «de mener le pays à de nouvelles élections, dans un climat qui s’annonce électrique». D’aucuns louent pourtant ce choix, parce qu’au moins, il renforce le pouvoir d’un président républicain «à la française», enfin vrai chef d’Etat – et de fait quasi-chef du gouvernement jusqu’au 9 septembre, date dont on parle pour les élections anticipées. Un nouveau scrutin que le Corriere della Sera voit comme une bataille qui «se jouera autour de l’euro». La crainte subsiste pourtant que «le bloc proeuropéen formé par Forza Italia et le Parti démocrate ne soit pris de court».

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