Revue de presse

Révolte de masse contre Theresa May au Royaume-Uni

Alors que les électeurs britanniques se rendent dès ce jeudi aux urnes pour élire leurs députés européens, les médias ne savent même plus comment qualifier le désastreux naufrage du Brexit. Ils exigent le départ de la première ministre. Suite du «soap-opéra»

La porte de sortie est désormais grande ouverte pour la première ministre britannique, Theresa May, dont le plan de la «dernière chance» pour mettre en œuvre le Brexit n’a convaincu personne, ni sa majorité ni l’opposition. Elle lui a valu une nouvelle volée de bois vert et une démission de plus, fracassante, au sein de son gouvernement à la veille des élections européennes au Royaume-Uni. Dès ce jeudi, celles-ci s’annoncent corsées pour les conservateurs, la ministre chargée des relations avec le parlement, Andrea Leadsom, ayant claqué la porte de l’exécutif mercredi soir. Elle estime simplement «ne plus croire» que le gouvernement puisse mettre en œuvre le résultat du référendum de juin 2016 en faveur du Brexit.


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Le départ, «le cœur lourd», de cette eurosceptique de 56 ans, entrée en 2016 au gouvernement et restée jusqu’alors loyale à sa cheffe, constitue une claque de plus pour Theresa May, qui s’accroche désespérément à son poste. Il intervient au lendemain de la présentation par Downing Street d’un vague plan, ce Withdrawal Agreement Bill qui prévoit une série de compromis, dont la possibilité de voter sur un second référendum et le maintien dans une union douanière temporaire avec l’UE, pour tenter de rallier la majorité des députés. Mais en lâchant du lest, Theresa May a hérissé les eurosceptiques de son camp.

Pour Courrier international, c’est le Daily Telegraph qui est le plus dur à l’encontre de celle qu’il considère comme «la quintessence de ce qui ne va pas dans la vie politique britannique» et qui doit être «démise de ses fonctions immédiatement». Et le quotidien conservateur et pro-Brexit de poursuivre: «Si elle avait eu un semblant de dignité, Theresa May aurait déjà démissionné, […] mais non: elle a ruiné le Parti conservateur. […] Chaque jour qui passe est un jour de honte qui rend plus toxique la marque Tory». Une autre tribune parle même de son départ comme d’une «urgence nationale»:

Cette situation surréaliste fait aussi évidemment le beurre des tabloïds d’outre-Manche. «Combien peut-elle encore encaisser?» s’interroge en une le DailyExpress ce jeudi, alors que le Daily Mirror choisit de publier une photo de la première ministre les larmes aux yeux. «Mme May sait qu’elle est sur le point d’être lâchée» par son parti, écrit le journal. «Le temps est venu, Theresa», dit le Daily Mail. Aucun doute non plus pour le Sun, qui titre: «May sur le point de partir après le fiasco du Brexit.» Avec ce cruel jeu de mots, «Tearesa», la même photo et une autre, à côté, celle de l’infidèle Andrea Leadsom, qui constituait un pilier parmi ses alliés:

Courrier int' se fait également l’écho de cette journée qui «compterait parmi les pires pour de nombreux autres premiers ministres», résume le Guardian. Cette démission est certes un «coup dur» pour le Financial Times, mais c’est aussi la 36e du gouvernement May, la 21e liée au Brexit, rappelle la BBC. Sa cheffe «isolée a fait face à une révolte de masse», décrit le Sun: «Son cabinet l’a désertée et laissée seule sur les bancs du parlement pendant la séance de questions au gouvernement.» Tous les médias disent qu’elle partira ce vendredi. Sans omettre de souhaiter bonne chance à son successeur.

Et puis il y a ces satanées élections européennes. Les Anglais votent donc ce jour pour élire des parlementaires européens à qui l’on souhaite de bien gérer leur schizophrénie, car ils ne siégeront pas, ou très peu de temps, eux dont la grande majorité sera opposée au maintien dans l’Union! «Comme le disait l’excellent Pierre Dac, la prévision est difficile, surtout quand elle concerne l’avenir», ironise La République des Pyrénées. La Grande-Bretagne est même «le premier pays à voter pour ces Européennes»…

Un signe de folie

Selon un sondage YouGov publié mercredi par le Times en pleine «mutinerie» à Westminster, le scrutin devrait placer les Tories à une humiliante cinquième place (7%), 30 points derrière le Parti du Brexit de Nigel Farage, en tête. L’éditorial du Figaro, «Le Bon, les Brutes et la Truande», juge que c’est là le «signe de la folie qui s’est emparée de la scène politique», un parti «à peine créé» qui «pulvérise dans les intentions de vote les deux grands partis traditionnels, Tory et Labour. Au milieu du chaos, c’est le grand retour d’un homme qui n’a jamais lésiné sur l’outrance et les accommodements avec la réalité.» Ce, alors même que d’autres sondages, depuis des mois, disent qu’une majorité de Britanniques est désormais favorable au Remain.

A quel saint se vouer, donc, juste avant le game over? «Nombre de députés, mais aussi de ministres conservateurs ont comploté» toute la journée de mercredi pour bouter Theresa May hors du 10 Downing Street, indique Radio France internationale. Son sort se jouait «dans les couloirs de Westminster qui ont brui toute la journée de rumeurs de manœuvres pour la faire tomber. […] Plusieurs ministres ont dans ce but demandé à voir la dirigeante dans l’après-midi. Mais une Theresa May déterminée à ne pas se laisser dicter sa conduite a refusé de les recevoir. […] On est donc dans une situation totalement incertaine, une fin de règne digne des meilleurs thrillers politiques.»

Dans ce feuilleton à rebondissements, on peine à voir dans le scrutin européen autre chose qu’une parenthèse ennuyeuse avant l’épisode provisoirement final, qui «pourrait s’avérer encore plus palpitant ou encore plus sordide».


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