éditorial

La révolution chaviste n’a pas dit son dernier mot

La mort d’Hugo Chavez ne suffira pas à éteindre la révolution bolivarienne. Nicolas Maduro se profile en héritier scrupuleux. Si elle expire un jour, ce sera sous le poids de ses propres difformités, l’envers sombre des indéniables conquêtes sociales léguées par le Commandante

L’ombre du maître deviendra très probablement le maître à son tour. En quatorze années de règne, Hugo Chavez avait su faire le vide autour de lui, coupant méthodiquement les têtes susceptibles de lui faire concurrence. Mais en décembre dernier, victime d’une nouvelle rechute, il a pris soin de désigner son successeur, Nicolas Maduro, 50 ans. Adoubé par le défunt Comandante comme un «révolutionnaire à part entière», l’ancien chauffeur de bus a vraisemblablement toutes les cartes en main pour accéder à la tête du Venezuela lorsque aura sonné, dans un horizon de trente jours, l’heure de la présidentielle.

L’homme à la stature massive, autrefois syndicaliste, jugé travailleur et rigoureux, jouit personnellement d’un fort crédit auprès des classes populaires. En février, un sondage lui donnait une avance encore plus nette si un scrutin devait l’opposer à Henrique Capriles, le meneur de l’opposition, que celle qui avait permis à Hugo Chavez d’être reconduit en octobre 2012. Son parti, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) est en évidente position de force, comme l’ont démontré les régionales de décembre dernier, qui l’ont vu rafler, en l’absence même d’Hugo Chavez, 20 Etats (4 de plus) sur 23.

En outre, l’intérim qu’il exerce depuis trois mois le profile en héritier scrupuleux. Réputé «modéré», Nicolas Maduro s’est mis, comme Chavez en son temps, à hanter les écrans de télévision; il a musclé sa rhétorique dénigrant autant la «bourgeoisie parasite» que «l’impérialisme yankee»; il vient d’expulser deux attachés militaires américains. Rien, dans ses discours, ne présage du moindre changement de cap. Pas même à l’international. Ancien ministre des Affaires étrangères (2006-2012), il a gagné le respect de ses voisins, des amis, comme des autres (la Colombie) par ses talents de conciliateur. Il est, dit-on, le favori de La Havane, où il a étudié et s’est rendu plusieurs fois au chevet de son mentor.

La mort de ce dernier ne suffira pas à éteindre la révolution bolivarienne. Si elle expire un jour, ce sera sous le poids de ses propres difformités, l’envers sombre des indéniables conquêtes sociales léguées par le Comandante: l’extrême confusion des pouvoirs, la corruption suffocante de la bureaucratie, l’atonie du secteur privé, l’inflation que promet de nourrir une récente dévaluation et la propagation incontrôlable de l’insécurité.

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