Ma semaine suisse

Révolution climatique au PLR

OPINION. La présidente du PLR, Petra Gössi, n’a pas l’intention de changer un iota de son programme de politique climatique. Pourtant, la demande de changement dans le parti se fait jour, relève notre chroniqueur Yves Petignat

Au lendemain de la grève des jeunes pour le climat, c’est le conseiller national PLR Benoît Genecand qui leur a posé la meilleure question: «Au-delà de descendre dans la rue pour sauver le climat, comptez-vous vous engager concrètement pour que les choses changent?» Le député genevois pensait bien sûr aux comportements personnels, notamment le recours, plus fréquent chez les jeunes, aux déplacements en avion. Mais, comme il l’a redit à la RTS, il songeait aussi aux élections fédérales 2019. Effleurant même l’hypothèse d’un vote jeune en faveur des Verts. Auquel, pourtant, il feignait de ne pas trop croire.

Capter le vote des jeunes

Avec quelques raisons. «L’engagement politique des jeunes fait cruellement défaut», relevait cette semaine l’Association suisse des communes (LT du 07.02.2019). Effectivement, les 18-29 ans se rendent nettement moins aux urnes que leurs aînés. Lors des élections de 2015, la participation n’était que de 32% dans cette tranche de la population. Contre 48,4% pour l’ensemble du corps électoral. La participation des jeunes n’était même que de 26% à Genève. La candidate écologiste au Conseil des Etats Lisa Mazzone a du souci à se faire quant au soutien de sa propre génération. Pour autant, au vu de la mobilisation pour le climat et de leurs résultats cantonaux, le vent souffle plutôt dans les voiles des Verts. Au point de les autoriser à rêver de 4 à 5 sièges supplémentaires cet automne.

Alors que le changement climatique est devenu la quatrième préoccupation des Suisses selon l’institut de sondage gfs.bern, le PLR traîne, lui, le boulet de l’échec de la loi sur le CO2. Pour l’opinion, la responsabilité de cet échec incombe à l’UDC et au PLR, qui auraient à tel point édulcoré le projet qu’il ne permettait pas de remplir les engagements suisses dans l’Accord de Paris. Le PLR est ainsi contraint à se justifier. Car en politique rien ne sert d’avoir raison, seule compte l’image incrustée dans la tête de l’électeur. Ainsi, les Suisses n’attendent pas grand-chose du PLR en matière de climat, selon le baromètre électoral de gfs.bern réalisé en automne dernier.

Les voix divergentes

La présidente du PLR, Petra Gössi, n’a pas l’intention de changer un iota de son programme de politique climatique «proportionnée et flexible». La question divise pourtant ouvertement son parti. Il faut lire le dernier numéro en allemand du magazine interne du PLR, Freisinn. Il y a un monde entre le Bernois Christian Wasserfallen, arc-bouté à justifier le refus d’une taxe sur les billets d’avion, et le conseiller aux Etats lucernois Damien Müller, pour qui «une simple mise à jour de l’actuelle politique climatique est nettement insuffisante» pour remplir les obligations de la Suisse. Un autre ténor du PLR, le Zurichois Ruedi Noser, renforce le malaise en s’affichant dans le comité de l’«Initiative pour les glaciers». Celle-ci demande notamment que «plus aucun carburant ni combustible fossile ne [soient] mis en circulation en Suisse à partir de 2050».

Pour Ruedi Noser comme pour Damien Müller, le PLR a une carte à jouer en misant sur les capacités de recherche et d’innovation de la Suisse afin de réduire son empreinte climatique. Ce qui constituerait une vraie révolution pour un parti qui, il y a six ans, rejetait l’initiative socialiste «Cleantech, de nouveaux emplois par les énergies renouvelables», en raison de son calendrier irréaliste.


La précédente chronique: La santé source d'inégalités

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