Si la pandémie de Covid-19 avait au moins un aspect positif, ce serait celui d’offrir à l’OMS une chance unique d’être pionnière dans le monde des organisations internationales pour réaliser une transformation numérique majeure. C’est l’enseignement qu’on peut tirer du protocole d’entente signé lundi par le premier ministre estonien, Jüri Ratas, et le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

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Avec l’aide experte de l’Estonie, pays balte de 1,3 million d’habitants, qui a fait de l’e-government, e-Estonia, sa marque de fabrique, l’OMS peut faire un bond en avant en instituant un certificat digital international de vaccination. Une telle avancée semble anecdotique. Combinée aux efforts de la structure Covax visant à faciliter l’accès aux futurs vaccins contre le SARS-CoV-2, elle pourrait pourtant révolutionner la gestion du Covid-19 et de futures épidémies, voire faciliter l’éradication de maladies.

Pour qu’un tel certificat digital voie le jour, plusieurs obstacles doivent néanmoins être surmontés. L’architecture numérique que 2000 ingénieurs s’engagent à mettre en place devra intégrer différentes cultures et donc différentes bases de données qui, pour l’heure, ne se parlent pas. Elle devra aussi générer une confiance à toute épreuve. A cet égard, l’Estonie a deux décennies d’expérience qui en font l’un des pays les plus sûrs dans le domaine numérique. Le problème à résoudre, entend-on à Tallinn, n’est pas technologique. C’est une question d’état d’esprit.

Le savoir-faire estonien peut aussi servir à l’OMS pour sa transformation interne. Une numérisation poussée lui permettrait d’émettre des directives en temps réel. Un gain de temps vital quand la planète est confrontée à une crise sanitaire dont la compréhension évolue jour après jour.

La coopération numérique entre l’OMS et l’Estonie en est à un stade embryonnaire. Mais elle devrait inspirer d’autres organisations. Souvent critiquée pour son incapacité à réellement se réformer, l’ONU peut trouver, à travers une telle architecture digitale globale, le souffle nouveau dont elle a besoin. Avec des bases de données à travers le monde qui communiquent entre elles, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) trouverait une efficience inégalée dans la gestion des flux migratoires. Saisissons cette chance.