Un an avant l'an 2000, la France fait sa révolution économique. Mégafusions, offres boursières massives, cessions d'activités, mariages planétaires, le paysage financier et industriel de l'Hexagone se redessine à la vitesse du TGV, après avoir traversé les premières phases de la mondialisation au rythme de la Micheline diesel.

Ce bouleversement marque aussi un changement de ton: les «deals» sont hostiles, les questions taboues tombent devant les stratégies offensives, la culture de grand monopole nationalisé fait place à la valeur actionnariale (voir le succès de la privatisation du Crédit Lyonnais), bref, l'exception française s'efface sous les coups de boutoir de la mondialisation.

Dans toutes ces opérations d'envergure, le rôle de l'Etat français est central. C'est encore lui qui détient les clés d'une économie où intérêts politiques et économiques ont fait ménage durant tant d'années que leurs vestiges couveront encore longtemps sous la cendre, braises tièdes.

A ce titre, la déclaration du gouvernement qu'il n'entraverait pas l'offre inamicale de fusion de TotalFina sur Elf, une société marquée par les «affaires d'Etat», marque une progression par rapport au dossier bancaire. Dans l'imbroglio qui met aux prises la BNP, la Société Générale et Paribas, l'Etat et ses relais ont joué un rôle néfaste et ambigu, court-circuitant le marché.

Dans un secteur pétrolier pourtant hautement stratégique, le gouvernement donne au contraire le signe que la France accepte la règle du jeu économique, quelle que soit la pertinence d'une opération menée entre deux sociétés privées – et ici, l'offre de Total prend tout son sens. Certes, la mégafusion pétrolière projetée est une nouvelle fois une opération franco-française. S'il est vrai que nos voisins privilégient les manœuvres «nationales», il serait faux d'y voir une règle: le danger sociopolitique d'une fusion automobile a poussé Renault à aller voir au Japon, tandis que, dans la pharmacie, Rhône-Poulenc cherchait sa solution en Allemagne.

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