Depuis que la Super League et la Challenge League ont remplacé les Ligues nationales A et B en 2003, le football suisse a connu deux problèmes quasi systémiques. Côté administratif, il y a eu les difficultés financières de nombreux clubs et les faillites de quelques-uns (Xamax, Bellinzone, Servette, Lausanne). Côté sportif, l’hégémonie du FC Bâle (sacré 11 fois dont 8 consécutives entre 2010 et 2017) a longtemps mis à mal l’intérêt de la course au titre.

Et aujourd’hui? D’une part, personne n’a déposé le bilan depuis 2016 (c’était Bienne) et les 20 clubs des deux premières divisions viennent d’obtenir directement leur licence de jeu pour la saison prochaine, ce qui témoigne de leur santé économique. D’autre part, le FC Zurich est devenu champion suisse à la surprise générale, au grand dam de Bâle et de Young Boys. C’est dans ce contexte plutôt réjouissant – en tout cas d’un point de vue non partisan – que le football helvétique envisage de faire sa révolution.

Lire sur ce sujet: Le Championnat de Suisse de football à l’aube d’une révolution: les enjeux en sept questions

Et la Challenge League?

Dès la saison 2023-2024, la Super League pourrait compter 12 équipes au lieu de 10, ainsi que des play-off pour désigner le champion, les équipes qualifiées pour les compétitions européennes et le relégué. Ces propositions seront soumises au vote des 20 clubs de la Swiss Football League ce vendredi. Si elles avaient été en vigueur cette année, le FC Zurich n’aurait pas déjà été sacré, malgré son avance au classement: il aurait encore dû venir à bout de son dauphin lors d’une série au meilleur des trois matchs, selon un principe familier des amateurs de hockey.

Certains dirigeants se réjouissent du suspense garanti. D’autres hurlent à l’hérésie. Au fond, tous veulent la même chose: un championnat qui passionne les supporters, incite au sponsoring et permette aux clubs de prospérer. Et pas grand monde ne défend un strict statu quo, après environ vingt ans d’une première division à 10 équipes que tous ou presque jugent désormais trop restreinte.

Mais en 2017, les clubs se sont assis sur toutes les propositions de refonte du championnat formulées au terme d’un coûteux audit. Et en 2020 encore, ils ont balayé une réforme imaginée par le Lausanne-Sport. Il serait curieux de les voir adopter cette fin de semaine un projet rendu public il n’y a qu’un mois et contenant une mesure ultra-clivante. Par ailleurs, la moitié des suffrages appartiennent aux clubs de Challenge League, une deuxième division dont la réforme a été complètement dissociée de la réflexion.

Le football suisse a sans doute besoin d’un nouveau souffle. Il a aussi le temps de le chercher plus sereinement.

Retrouvez tous les éditoriaux du «Temps».

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.