Christoph Blocher se plaignait, ou s'amusait, dimanche dernier dans la presse alémanique de ne pas avoir d'adversaire. Il en a trouvé un et pas n'importe lequel. Devant le silence d'une classe politique suisse médusée, c'est Pascal Couchepin en personne qui est monté au créneau pour contrer le tribun zurichois. Le conseiller fédéral valaisan s'en est retrouvé tout ragaillardi mercredi dernier à l'île Saint-Pierre ou il a pris l'habitude de convier la presse pour les grandes occasions. Mitterrand avait sa roche de Solutré, Pascal Couchepin a jeté son dévolu sur l'île Saint-Pierre, relève le Journal du Jura, mais «il ne se prend pas pour Dieu […] c'est en véritable chef de file des politiciens libéraux qu'il s'est présenté». L'homme, incontestablement, a du caractère, forgé dans les luttes politiques valaisannes. La Weltwoche et le Tages Anzeiger lui consacrent deux longs portraits. L'hebdomadaire alémanique, sous le titre «L'homme pressé de Martigny», salue celui qui «secoue profondément la politique suisse» et qui habilement séduit à droite comme à gauche. «Pour la gauche, il se profile comme l'anti-Blocher, pour la droite, il est le garant d'une politique économique libérale.» Couchepin n'est pas un fondamentaliste de l'ordre libéral. Quand c'est nécessaire, il sait s'éloigner de sa ligne dure. Le Tages-Anzeiger souligne aussi son «impatience», rappelle qu'il aime la bagarre, qu'il sait affirmer ses positions, mais qu'il n'est pas un idéologue; «d'abord promettre, ensuite corriger» semble être son credo. Blocher lui promet mais ne corrige jamais. Le consensus et les mœurs politiques feutrées de la Berne fédérale ne collent pas à son tempérament, mais il s'y plie, lançant tout de même quelques provocations bien senties. «Au lieu de reculer pour mieux sauter, il fait le contraire. Il avance pour mieux reculer ensuite vers une position de compromis plus centriste» analyse la Tribune de Genève. Dans le Tages-Anzeiger, son vieux complice valaisan Peter Bodenmann rappelle que Pascal Couchepin n'est jamais aussi bon que quand il est sous pression politique. Le bagarreur semble retrouver de la force et du plaisir à ferrailler avec Blocher.

Il est prêt à en découdre avec le tribun populiste de l'UDC, se réjouit 24 heures, mais saura-t-il aussi dissuader les milieux économiques de quitter le Parti radical? Il demande à l'économie de respecter la primauté de la politique. Parce que la paix sociale est à ce prix, selon lui. En fait Pascal Couchepin veut protéger l'économie contre elle-même. Comprendre cela, ce n'est, hélas, pas à la portée de n'importe quel patron d'entreprise. Le chef du Département de l'économie n'hésite pas à interpeller directement les dirigeants d'entreprise. S'il s'affirme comme leur allié pour défendre une politique libérale, il leur rappelle aussi l'inquiétude du monde politique face aux grandes manœuvres qui se jouent actuellement dans la recomposition des organisations faîtières de l'économie, relève le quotidien économique L'Agefi, «l'économie qui aime bien brocarder la politique se retrouve à son tour sur la sellette, appelée elle aussi à ne pas céder au chant des sirènes des isolationnistes». Pascal Couchepin ne se prend pas pour Dieu, mais c'est un seigneur de la politique.

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