Abattue par les tempêtes, la France, on le sait, doit aussi faire face à une importante catastrophe écologique dont le pétrole est responsable. Bien que ne pouvant ignorer cet événement important, la presse anglaise aborde le problème de leurs voisins continentaux avec un certain stoïcisme. Par exemple, The Guardian a bien compris que «la marée noire a englué une région française de tourisme chic» et les conséquences que cela implique.

Mais son intérêt pour cette affaire est, c'est le moins qu'on puisse dire, bien loin de l'obsession et ne prend qu'un rôle informatif. Comme si rien ne justifiait de se mêler de cette agitation toute française.

Les réactions françaises sont, on l'imagine facilement, complètement différentes. A commencer par la branche française de Greenpeace qui a déclaré une véritable à guerre sur son site Internet à la seule compagnie pétrolière française. Avec des slogans comme «TOTALement responsable FINAlement coupable», les écologistes militants font exploser une colère qui sera relayée dans la presse nationale, mais avec une mesure bien compréhensible.

Reste que la polémique est très présente dans les articles des grands quotidiens français. Tout d'abord Libération qui essaie de voir «jaillir de nouvelles clartés» de cette marée noire. L'éditorialiste est en effet satisfait de voir que TotalFina a finalement «assumé des responsabilités qui ne découlent pas stricto sensu de la législation en vigueur», et se réjouit que cet investissement personnel du président de Total soit l'amorce «d'une jurisprudence qui s'imposera peu à peu à l'avenir». Cela parce que Libération signale qu'il est bon «que les contribuables cessent de payer à la place des actionnaires responsables», d'autant plus lorsque lesdits actionnaires disposent de moyens beaucoup plus importants. La responsabilité du président de Total n'est pas contestée non plus par Le Monde, qui nuance toutefois que «responsabilité ne rime pas avec culpabilité», pas tant que l'enquête est en cours en tout cas. Mais cela ne l'empêche pas de se dire «en droit d'attendre de la part d'un homme devenu premier patron de France un comportement solidaire et responsable».

Les deux quotidiens français se rejoignent encore pour critiquer la classe politique de leur pays. Pour Libération elle est «larguée quand elle ne fait pas bombance de démagogie» en jouant les écumeurs des bords de mer. Pour Le Monde le gouvernement Jospin a surtout «raté une belle occasion de montrer que son credo en faveur d'une régulation du libéralisme peut se traduire en actes».

Mais ce qui est plus intéressant, c'est la façon dont les journaux régionaux de la zone touchée ont réagi à la catastrophe. Relayés par Ouest-France, les Français du littoral atlantique se soucient avant tout de la réparation des dégâts et de la sauvegarde de l'environnement. Le quotidien régional précise heure par heure sur son site Internet l'évolution de la marée noire et relie entre elles les différentes associations qui se sont spontanément créées sur le Web pour appeler à l'aide des bénévoles. Loin de l'agitation politique de l'Elysée, la détermination des Bretons est finalement assez proche du calme dont font preuve leurs Anglo-Saxons de cousins.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.