La révision de la loi sur la radiotélévision, dans laquelle le Conseil fédéral propose tout à la fois le maintien du bénéfice de la redevance à la SSR et une plus grande liberté pour les diffuseurs privés, suscite des réactions contrastées, plus dans la presse romande qu'alémanique du reste, qui laissent entrevoir de solides affrontements à venir. Ce projet doit en effet être soumis à consultation, avant que les Chambres n'en soient saisies, pas avant l'année prochaine.

«Cette révision promet de solides bagarres. Les tenants du libéralisme à tous crins vont sans doute tenter d'obtenir, pour les télévisions commerciales, de substantielles parts de la redevance. Mais la réponse du Conseil fédéral est convaincante», assure 24 heures. En effet, «si les moyens mis à disposition du service public sont éparpillés, les multiples diffuseurs suisses, trop petits, se feront laminer sur la scène internationale. Le public suisse sera définitivement livré aux grandes chaînes étrangères.» Le quotidien vaudois regrette toutefois que les diffuseurs locaux, qui assument eux aussi un service public, soient privés des miettes de la redevance qu'ils reçoivent aujourd'hui, ce qui condamne une certaine diversité. «L'attitude du Conseil fédéral, ici, est difficile à comprendre.»

Pour L'Express et La Liberté, les diffuseurs privés ne vont toutefois pas se laisser faire. «Depuis leur apparition au début des années 80, ils ont eu le temps de se créer au parlement un réseau de supporters tout ce qu'il y a de coquet.»

«Une décision pragmatique», commente pour sa part le Bund, qui admet que les privés critiqueront la poursuite du financement mixte – redevance et publicité – de la SSR et qu'ils réclameront une définition du service public. Mais une dérégulation du marché conduirait à «une colonisation médiatique du Tessin, de la Romandie et de la Suisse alémanique par de puissantes entreprises médiatiques des pays voisins».

«Le plan présenté souffre d'un vice caché, estime pourtant Le Matin. En donnant carte blanche à Léman Bleu ou à Radio Framboise pour se financer, l'autorité fédérale laisse entrer le loup dans la bergerie SSR. Par exemple, le français TF1, l'italien Berlusconi ou l'allemand Kirsch (Sat1, Pro Sieben). Comment le se service public suisse résistera-t-il à ces puissants groupes audiovisuels?»

L'AGEFI est beaucoup plus critique envers un projet qu'il juge «dépassé avant même d'avoir vu le jour». «Comment peut-on envisager de renforcer un monopole (celui de la SSR) tout en prévoyant un marché libéralisé? En terre helvétique, ironise le commentateur du quotidien financier, ce qui paraît incompatible à des esprits englués dans les brumes des plaines devient possible par la magie de l'élévation alpine.» L'AGEFI s'en prend surtout au renforcement de la SSR. «Même sans un doublement de la publicité, le diffuseur national déjà fortement établi risque de truster la publicité et d'empêcher les diffuseurs privés de venir le concurrencer avec des moyens suffisants. Le danger est d'autant plus réel que la SSR obtient, en plus de son monopole, la possibilité de créer ses propres canaux non soumis à concessions, c'est-à-dire commerciaux, à condition que ceux-ci ne bénéficient pas de subventions croisées. La SSR pourrait donc se lancer elle-même dans la télévision commerciale pour bloquer ce marché.»

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