C'est à la loupe que la presse israélienne examine la nouvelle coalition gouvernementale, rassemblée par Ehud Barak. Chaque détail, aussi insignifiant soit-il, le moindre frémissement de sourcil ministériel, fait l'objet d'articles fleuves, sans parler des analyses sans fin rédigées sur le délicat rapport de forces dernièrement établi entre laïcs et religieux. Mais les problèmes que ces mêmes journaux aiment le mieux disséquer sont les dissensions existant à l'intérieur du Parti travailliste, à ce vent de fronde qui y souffle contre la «dictature» de son chef.

Le journal de référence qu'est Ha'aretz estime qu'Ehud Barak est parvenu à former le meilleur gouvernement possible, étant donné la fragmentation accélérée de la scène politique israélienne. Le premier ministre, écrit son éditorialiste, avait envisagé au départ plusieurs options, mais ce gouvernement aux larges assises parlementaires lui assure une confortable marge de manœuvre, puisqu'aucun parti de la coalition ne sera en mesure de faire tomber seul son gouvernement.

Hatzofeh, l'organe du Parti national religieux, ne perd, lui, aucune occasion de brocarder l'aile gauche travailliste. En ardent défenseur de la colonisation, le quotidien tape sur les doigts de Haim Ramon et Yossi Beilin, respectivement ministre d'Etat et détenteur du portefeuille de la Justice, pour avoir fait des déclarations jugées «intempestives», voire «scandaleuses». Le premier avait dit au micro de la radio israélienne s'opposer à la construction d'un quartier juif sur le site de Ras el-Amud à Jérusalem-Est, le second avait affirmé à un journal de langue arabe paraissant à Londres voir d'un bon œil le drapeau palestinien flotter sur le Mont du Temple. Par ailleurs Hatzofeh espère que les ministres de la Santé, de l'Habitat et des Affaires sociales, tous trois des rabbins de la formation religieux rivale Shas, se préoccuperont d'améliorer les conditions d'accueil dans les hôpitaux, de fournir des logements aux plus démunis et d'enrayer cette véritable plaie sociale qu'est le chômage. Une façon de leur demander l'impossible.

Ces crocs-en-jambe ne peuvent faire oublier le but prioritaire du gouvernement: la paix. L'ensemble de la presse souligne en gros caractères les signes «encourageants» en provenance de Damas. Bamahane, la revue des forces armées israéliennes, fait sa une des propos du général Amos Malka, chef des Services de renseignements militaires. Celui-ci estime que le président syrien Hafez el-Assad se montre «impatient» de conclure un accord avec Israël. «Par contre, poursuit le général Malka, rien n'indique que le Hezbollah pro-iranien cessera ses attaques contre les localités frontalières israéliennes en cas de retrait unilatéral de Tsahah du Liban.»

La presse israélienne a la réputation d'avoir du punch. Benjamin Netanyahou, groggy le soir du 17 mai, lui attribuait sa défaite électorale. Ehud Barak se tient, quant à lui, sur ses gardes.

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