Du bout du lac

RIE III: comment rater l’inratable, en trois leçons

A force de multiplier les autogoals, les partisans de la troisième réforme de l’imposition des entreprises parviendront-ils à perdre un combat qui semblait gagné? Réponse le 12 février

Le combat était gagné d’avance. Le référendum une simple formalité. Soutenue par tous les partis nationaux, sauf le PS et les Verts, la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III, de son petit nom barbare) devait être plébiscitée par 70% des Suisses au minimum, le 12 février prochain. Rien de bien anormal pour un projet susceptible de doper l’économie tout en débarrassant son cadre légal de scories fiscales d’un autre temps. Une aubaine, un no-brainer diraient les anglophones.

Seulement voilà. A trois semaines du scrutin, la fièvre monte dans le camp du oui. Une sourde angoisse envahit les poitrines. Lourde et oppressante, même en expirant par la bouche. Rien n’est plus gagné d’avance, tout le monde l’a bien compris. Les opposants auraient-ils trouvé la martingale? Non. Leur campagne est tout ce qu’il y a de plus ordinaire et prévisible. C’est bien dans le camp du oui que l’anti-miracle est en marche.

Premier étage de la fusée dans le pied, le visuel de campagne distillé sur les réseaux par les parlementaires PLR. Un bouclier rouge à croix blanche pour protéger l’économie suisse. Un bon gros bouclier bien moyenâgeux, à faire saliver les Waldstätten. De ceux dont on se serait servi pour défendre le secret bancaire, avec le succès que l’on sait. Posture défensive pour vendre un projet d’avenir, pile à côté de la cible. Et hop, une poignée de votants jetés dans les bras de l’adversaire, qui n’en demandait pas tant.

Deuxième étage du missile: la prise d’otage. Les mains armées d’un funeste élément de langage, hurlé ad nauseam: «Il n’y a pas de plan B». Autrement dit, chers concitoyens, vous n’avez pas le choix. Il n’y a pas d’alternative. C’est le oui ou la mort! (COMPRIS!?) Retour de bâton garanti. Et hop, une nouvelle (grosse) poignée de votants jetés dans les bras de l’adversaire, qui commence à se frotter les mains.

Enfin, bouquet final, à Genève cette fois: le mélange des genres. Une lettre envoyée aux contribuables du canton pour accompagner leur déclaration d’impôt, dans laquelle le ministre des Finances Serge Dal Busco chante, comme si de rien n’était, les louanges de sa réforme. Et hop, une dernière poignée de votants dans les bras de l’adversaire, qui cette fois se tape carrément sur les cuisses.

La réforme fiscale survivra-t-elle à cette triple salve? Ses partisans n’ont plus qu’à croiser les doigts. Ou allumer un cierge. Parce que très honnêtement, il n’y a pas de plan B, pas vrai?

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