«Cette fin de semaine douce et ensoleillée incitait à la promenade et aux excursions», écrit la Tribune de Genève. Seulement voilà, on le sait bien: il faut rester chez soi, même en grognant. Et ça ne va pas s’arranger, puisque le puissant anticyclone qui influence actuellement le temps en Europe promet des températures qui vont prendre l’ascenseur ces prochains jours. Il va donc falloir «résister autant que possible», prévient la «Julie». D’autant que se profile à l’horizon le long week-end pascal. Bye-bye, les œufs roulés, on se rabattra sur le chocolat.

Surveillance, dissuasion, répression

Les Genevois, on le sait, n’ont pas été très «sages» ces derniers temps, mais la surveillance s’est accrue, et «la dissuasion et la répression ont été efficaces». Depuis le 19 mars, il y a tout de même 439 amendes qui «ont été infligées à des personnes qui ne respectaient pas les mesures sanitaires» sur le territoire de la République; «sept établissements ouverts clandestinement ont été fermés et une personne a été arrêtée».

L’AFP a aussi pu constater que les Français «ont la bougeotte avec le beau temps, malgré le confinement». Relâchement? «Des images et des données statistiques penchent dans ce sens» pour La Voix du Nord. A Lille, ce dimanche après-midi, «des dizaines de personnes se baladent. Des irresponsables? En tout cas, pas des hors-la-loi: la police contrôle et l’immense majorité des personnes sont en règle. Le problème semble surtout qu’ils sont au même moment au même endroit, en l’occurrence au seul vrai point vert de la ville.»

«Criminel» de sortir?

Rappelons donc les règles, avec le directeur de l’Hôpital du Valais, Eric Bonvin, interrogé par Le Nouvelliste. Car le public peut ressentir «une contradiction entre la recommandation «restez à la maison» et l’absence de confinement total»; «ce week-end, on avait l’impression que si on allait se promener, on était une sorte de criminel». Non, pas si l’on «respecte très strictement la distance sociale, notamment en excluant tout rassemblement de plus de 5 personnes, en tenant ses distances d’au moins 2 mètres». On l’a dit et répété moult fois.

«Rester à la maison est simplement une attitude plus facile pour respecter tout cela, mais une balade n’est évidemment pas interdite, dit le médecin. En Suisse, nous avons opté pour laisser une petite marge d’appréciation individuelle. Appliquées scrupuleusement, ces consignes sont au moins aussi efficaces que celle du confinement total et vise la même finalité: éviter le contact social de proximité qui est la vraie source de la transmission du virus.»

Civisme et responsabilité de chacun, donc, pour atténuer «les effets psychosociaux indésirables que peut générer» un confinement total. Pas comme à Londres, où «de nombreuses personnes profitent du beau temps dans le parc de Clapham Common à Londres, […] en dépit de l’avertissement du ministre britannique de la Santé, qui a affirmé que le gouvernement pourrait interdire l’exercice en plein air si les gens ne respectaient pas les directives», rappelle 24 heures.

Bref, ici ça respecte, là pas, là-bas moyennement, il n’y a pas de règle. Mais en Suisse romande, en tout cas, ce week-end a servi «de grand test pour la population […] avant Pâques, mais aussi pour les forces de l’ordre chargées de faire appliquer l’ordonnance fédérale […]. Sans surprise, ce sont les parcs des centres-villes et tous les points d’eau, lacs ou fleuves, qui sont ciblés, pour savoir si oui ou non le public respecte les consignes de distanciation» selon la RTS:

«A Genève, poursuit-elle, la rade bénéficie d’une attention particulière, dans le Jura, ce sont plutôt les bords du Doubs et l’étang de la Gruère. Enfin, en Valais, canton et communes se sont associés pour dresser un catalogue de tous les sites touristiques habituellement fréquentés, comme les bisses ou les lacs de montagne.» Bonne nouvelle: «De manière générale, les consignes semblent appliquées un peu partout.»

«Ne nous laisse pas entrer en tentation…»

Rien de nouveau sous le soleil, et on le sait très bien depuis bientôt une semaine, lorsque le conseiller fédéral Alain Berset a déclaré que ce mois d’avril serait «inhabituel cette année, a-t-on pu lire entre autres dans La Liberté. Conscient que la venue de températures clémentes donne envie de sortir de chez soi […], il a appelé la population à résister à la tentation: «Nous devons nous montrer endurants dans la solidarité.»

Même «rappel à l’ordre» en France, où, «invité dimanche soir du journal de 20h de France 2, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, […] a maintenu un discours ferme alors que le beau temps qui s’est installé […] a montré que les libertés prises avec le confinement ont été plus nombreuses et plus visibles. Nous devons lutter absolument contre le relâchement. Le relâchement, c’est l’allié du Covid-19», dit-il.

Vacances gâchées

Un porte-parole des autorités belges confirme ces propos dans Le Soir: «Malheureusement, beaucoup de projets initialement prévus pour ces vacances ne pourront pas avoir lieu. […] Ce n’est agréable pour personne, mais nous n’avons pas le choix si nous voulons garder la situation sanitaire gérable. Les règles sont donc (assez) claires: sortir seul, en famille ou avec un·e seul·e ami·e reste autorisé pour profiter du soleil près de chez soi.»

La palme de l’originalité reviendra en ce début de semaine à France Bleu, qui «propose un florilège des excuses les plus saugrenues présentées aux forces de l’ordre» limousines en cas de non-respect des consignes. «J’en ai marre de ma femme, il faut absolument que j’aille voir ma maîtresse»:
«Un Haut-Viennois a fait cette déclaration aux policiers lors de son contrôle. L’excuse de l’aventure extraconjugale est assez courante», d’après un commissaire local.

Je vais voir ma grand-mère…

… «est aussi un mensonge très fréquent selon les policiers de Limoges. En l’occurrence, les grands-mères n’existent pas toujours.» Pire: «Je n’ai jamais entendu parler du confinement.» Plus rare, ce mensonge-là a aussi «été servi aux gendarmes de la Creuse». Mais encore? «Je vais faire des courses, j’ai besoin de trois citrons pour un apéritif.» Achat essentiel, donc… Mais «les forces de l’ordre ne sont pas dupes. Elles reconnaissent les manières détournées d’aller se promener […] dehors pour des motifs futiles».


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