Chronique

Rien de plus moderne que la tradition

OPINION. L’été 2019 a été marqué par deux événements ancrés dans la tradition qui ont remporté un succès considérable. «Qu’est-ce à dire?» se demande notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton

Le canton de Vaud a connu cet été deux grands événements festifs avec le 100e anniversaire des Jeunesses campagnardes à Savigny et, quelques kilomètres plus à l’est, la Fête des Vignerons 2019 à Vevey. Même s’ils ne se ressemblaient aucunement dans la forme ni dans l’ampleur, il n’est pas inutile d’en rappeler le sens commun: vanter les mérites de ceux qui, au rythme des saisons, affrontent les intempéries ou se brûlent au soleil pour travailler la terre. Qu’ils soient occupés à tracer les sillons rectilignes des champs ou qu’ils fournissent à longueur d’année le travail de fourmis laborieuses qu’exigent les vignes de Lavaux, entre murs de pierre et pentes abruptes, ils participent à la beauté du monde, celle-là même dont les hommes ont tant besoin parce qu’elle est infiniment consolatrice.

A une époque où l’écologie est reine, et où il n’est question que de sauver la planète en péril imminent, l’immense engagement des bénévoles campagnards ou viticoles dans ces deux manifestations est un signe qui ne trompe pas: ceux qui chantent la terre et lui consacrent leur vie sont également ceux qui la sauvegarderont. Car la terre est une affaire charnelle plutôt qu’intellectuelle, pragmatique plutôt qu’idéologique. La messe se déroule au fond des étables et des caves obscures, là où se produisent et se transforment ce que les hommes mangent et boivent pour vivre, mieux que dans les grands raouts politiques dont il ne sort souvent que des intentions louables sans les moyens d’y parvenir.