Quinze millions en deux jours. C'est ce qu'Expo.02 vient de perdre avec les retraits d'Orange et de SAirGroup. On ne meurt pas de 15 millions lorsque l'on traite un budget supérieur au milliard. Pas plus que Swissair ne serait morte, à l'évidence, des 6 millions qu'elle vient de retirer.

Ce n'est donc pas l'argent qui est en jeu mais l'effet d'image. Il est destructeur. Car les sommes, justement, sont trop faibles à l'échelle de telles entreprises pour justifier leur retrait, fussent-elles en difficulté. Ces décisions veulent donc dire, en réalité, que les groupes en question ne jugent plus aujourd'hui qu'une participation à Expo.02 vaut l'engagement pris hier. Elles signifient que la cote de la manifestation a brutalement baissé. Pour le capital de confiance du projet auprès des sponsors encore à trouver, auprès du public auquel on vendra bientôt les premiers billets, auprès des responsables politiques priés d'avancer des liquidités, c'est un désastre.

Le plus grave, c'est que les pavillons Orange et Swissair entraient dans la catégorie présentée comme sûre. Or, beaucoup des 37 projets encore en lice sont en moins bonne posture. Sur combien d'éléments, dès lors, peut-on réellement compter? Quelle liberté les sponsors réputés acquis ont-ils de prendre la poudre d'escampette?

Une telle incertitude est la rançon des contraintes d'origine imposées à Expo.02: une manifestation nationale financée par de l'argent privé. Mais on voit bien que le monde économique vit sur des rythmes qui n'ont rien à voir avec celui d'un tel projet. Ce modèle de financement a peut-être été stimulant. Il est devenu épuisant. Au lieu d'attiser les énergies au sein d'Expo.02, il les pompe. Le parlement n'aura certes pas à cœur de renflouer une manifestation qu'il n'a jamais portée dans son cœur. Mais aura-t-il le choix? Car à défaut d'un renfort politique, on voit trop bien se déployer un scénario catastrophe, de retraits en coupes claires, jusqu'à la débandade. Or, si Expo.02 n'a pas (encore?) su se faire aimer, rien n'indique qu'elle ait démérité au point de mériter de ne pas exister.

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