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S’il était profondément attaché au sort de l’Afrique, Kofi Annan n’hésitait pas à l’heure de faire la leçon à ses chefs d’Etat, leur demandant de mettre fin à leurs méthodes autant qu’à leurs mandats politiques à répétition. 
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Editorial

Le risque d'une trahison

EDITORIAL. Le risque est évident de réserver à «Kofi» des funérailles empesées, boursouflées de solennité: pervertir son message

Genève et la Suisse s’étaient tant habituées à sa présence qu’elles en avaient fait un membre de la famille à part entière. Mais, et c’était là l’un de ses nombreux atouts selon ceux qui l’ont côtoyé, Kofi Annan était composé de très nombreuses «strates»: il était Ghanéen, Africain, Américain, Européen... Ces couches multiples l’amenaient à être à l’aise, et à mettre à l’aise son interlocuteur, dans toutes les enceintes et tous les contextes possibles. Il était certes un homme d’action et de convictions, mais sa notoriété était devenue telle qu’elle l’avait aussi transformé en une sorte d’image de Rorschach, où chacun pouvait porter sur sa figure presque paternelle ses propres projections.

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Pour son pays d’origine, mais aussi pour le reste de l’Afrique, l’ancien secrétaire général de l’ONU, qui est décédé samedi, était devenu depuis longtemps l’une des figures les plus importantes de l’histoire du continent. Furtivement évoquée, l’idée de funérailles dans la ville de Genève – une idée d’ailleurs dévoilée il y a quelques années par Kofi Annan lui-même –, a été rapidement écartée. Nul ne s’étonne que le Ghana attende avec impatience et fierté le dernier retour de son enfant prodige et qu’il souhaite lui offrir des funérailles d’Etat. Un digne mausolée, disent avec raison les responsables ghanéens aujourd’hui, permettrait d’une certaine manière à Kofi Annan de continuer de diffuser ce qui est perçu comme ses valeurs les plus nobles, la droiture d’esprit enrobée de manières irréprochables, l’humilité accompagnant la fermeté et l’authenticité. Autant de valeurs qui sont aussitôt jugées comme synonymes de «ghanaïté» par les ministres du pays.

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Le risque est évident de réserver à «Kofi» des funérailles empesées, boursouflées de solennité et dans lesquelles chaque dirigeant africain tentera de tirer une part de la couverture à lui. C’est le risque de se méprendre sur le message universel et presque révolutionnaire que délivrait l’ancien patron de l’ONU. S’il était profondément attaché au sort de l’Afrique, il n’hésitait pas à l’heure de faire la leçon à ses chefs d’Etat, leur demandant de mettre fin à leurs méthodes autant qu’à leurs mandats politiques à répétition.

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S’il offrait un modèle à suivre, c’était celui qu’il n’a cessé de réclamer à la jeunesse, fût-elle par ailleurs africaine, européenne ou asiatique: elle devait s’organiser, se prendre en main, afin d’opposer toute sa vitalité à des pouvoirs politiques qui comprenaient beaucoup moins bien qu’elle le monde tel qu’il est, et tel qu’il sera. Un message qui n’a rien de spécifiquement ghanéen ou africain. Ni d’ailleurs de genevois.


Kofi Annan dans certains articles du «Temps»

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