L'association Ouestrail, qui regroupe les directeurs cantonaux des transports de Suisse romande, jubile. Le parlement s'est montré généreux en décidant d'investir 1,1 milliard dans le raccordement au réseau européen à grande vitesse. On serait tenté d'applaudir cette audace politique empreinte d'une sensibilité aiguë pour les équilibres régionaux. Mais, quitte à se montrer rabat-joie, laissons l'euphorie de côté et posons-nous quelques questions. Est-il nécessaire de faire tout cela? Faut-il à la fois des liaisons rapides vers Paris aux départs de Genève et de Bâle, améliorer celles qui desservent déjà Lausanne et Berne et y ajouter une jonction au TGV Rhin-Rhône par Bienne et Belfort? Faut-il autant de lignes ferroviaires alors qu'une partie de la clientèle délaisse le train pour se rendre dans la capitale française à bord d'un vol à bon marché? Probablement pas.

Mais le parlement a été saisi du même syndrome que lorsqu'il a décidé de percer à la fois le Gothard et le Lötschberg pour les NLFA. Pour faire digérer le plat, il l'agrémente d'une pincée de considérations régionalistes afin que les Romands, la Suisse orientale, les Bâlois et les Zurichois soutiennent le projet. Finalement, les seuls à ne pas partager cette euphorie ferroviaire sont les représentants de Suisse centrale et les Tessinois, qui, eux, ont été bien servis avec les NLFA.

Cette stratégie élargit certes l'assise politique du projet, mais elle risque de priver de moyens d'autres réalisations peut-être plus essentielles en matière de trafic régional ou d'agglomération. Certes, on dit toujours que le financement de la grande vitesse et celui du trafic local ne sortent pas du même pot. Mais, quand l'argent manque dans un pot, il est très tentant de guigner ce qu'il reste dans l'autre. Or, c'est bien ce qui va se passer dans deux ans, lorsque le Conseil fédéral réévaluera tous les projets ferroviaires en suspens. L'audace manifestée par le parlement pour la grande vitesse pourrait alors se retourner contre d'autres intérêts régionaux.

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