Revue de presse

Robin Williams, les hommages au poète disparu

L’annonce du décès, sans doute par suicide, du grand comique et si talentueux acteur a provoqué une onde de choc dans la profession. Mais bien au-delà aussi, parmi les people et dans la presse, tant ce petit bonhomme à l’énergie inépuisable était adoré de tous

Directement de la bouche de Barack Obama, on se sera au moins remis un mot en tête ce mardi matin après la disparition du vénéré et sublime acteur américain Robin Williams: «bangarang». Quelque chose comme «virevoltant»… Car aussitôt, le président s’est exprimé en disant qu’il «était un animateur de radio, un médecin, un génie, une nounou, un président, un professeur, un bangarang Peter Pan, et tout ce qu’on peut imaginer d’autre. Mais surtout il était unique»:

«Bangarang»? C’est une chanson du DJ et compositeur de musique électronique Skrillex, sortie en 2012: une référence à Hook ou la revanche du capitaine Crochet de Steven Spielberg. Le grand cinéaste parle aujourd’hui de son ami Robin dans Variety comme d’«un éclair de génie comique, et notre rire était le coup de tonnerre qui le faisait avancer». N’oubliant pas, lui non plus, que dans son film de 1991, le cri de guerre des Enfants perdus était justement «bangarang!». Un scénario où le temps a passé… Peter Pan a vieilli et a oublié le Pays imaginaire. Il a épousé Moira, la petite-fille de Wendy, avec qui il a eu deux enfants. Il est devenu Peter Banning, un avocat d’affaires obsédé par son travail, joué par Robin Williams.

Des enfants perdus aux poètes disparus, il n’y a qu’un pas. Souvenez-vous aussi: le film culte de Peter Weir, sorti en 1989, où l’acteur américain incarne ce mythique professeur de lettres anglaises, Mr. Keating et son «Carpe Diem», qui encourage le refus du conformisme, l’épanouissement des personnalités et le goût de la liberté. Voulant au maximum suivre la voie nouvelle qui leur est présentée, certains élèves vont redonner vie au Cercle des poètes disparus, un groupe d’esprits libres et oniriques, dont le prof fut, en son temps, l’un des membres influents.

Comique, comme… Hamlet

Personnage complexe, impertinent et d’un irrésistible comique, l’inoubliable interprète de Mrs. Doubtfire , le film de Chris Columbus (1993), avait souffert d’alcoolisme. Il avait subi une cure de désintoxication puis était devenu l’heureux propriétaire d’un vignoble. Commentaire du bonhomme, jamais avare d’un bon mot et «maestro des boutades», selon l’expression du Matin de Lausanne: «C’est comme si Gandhi avait une épicerie fine», avait-il admis dans Time Magazine. Qui le pleure aujourd’hui comme une contradiction ambulante, déchirée entre la lueur et la nuit: «The Comic Who Was Hamlet».

Comme quantité d’autres clowns de la scène, il faisait en effet «rire à l’écran mais broyait du noir hors des plateaux de cinéma», dit Le Figaro. Même le magazine Forbes lui consacre un superbe hommage, sous la plume de Sue Campbell, qui se remémore combien sa «gentillesse» l’avait touchée puisqu’elle a elle-même vécu des cas d’alcoolisme dans sa propre famille. Et cette «bouille de comique tissée de pudeur et de mélancolie»! Elle «en aura fait un des acteurs américains les plus attachants. Il n’avait pas la dégaine des beaux ténébreux qui font chavirer le cœur des filles», enchaîne Le Devoir de Montréal, mais tant d’autres talents…

«Heartbroken»

Tout le monde était «en amour avec lui», disent les Québécois. «Beloved», renchérit le Huffington Post US. Si émouvant, comme le long récit de sa propre vie que livrent le New York Times et le Wall Street Journal. Et celui de sa carrière que retrace dans tous les détails le Hollywood Reporter.

«A shocking development», selon l’expression de USA Today: ils sont pléiade à subir un vrai choc, comme l’actrice Mia Farrow sur Twitter: «Non! Robin Williams, tu étais tant aimé.» Ou comme Danny DeVito, qui écrit sur le réseau social, à l’instar du Tout-Hollywood dont 20 Minutes France a fait le tour, un simple «Heartbroken» («Mon cœur est brisé»). Et encore Lance Armstrong, l’ancien champion de cyclisme, honni: «RIP Robin. Tu resteras gravé dans ma mémoire comme un sacré ami. Je t’aime et tu vas me manquer terriblement»:

Sidérant: c’est le monde entier qui s’exprime! La RTBF rend aussi un bel hommage à ce «virtuose du rire comme des larmes»: «Un père travesti en nounou excentrique, un DJ militaire irrévérencieux, un professeur de littérature rebelle, un tueur.» Et puis encore: «Une boule d’énergie», «Un génie comique», «L’homme le plus drôle du monde», «Personne capable de prendre sa place»: les superlatifs déferlaient lundi à l’annonce de la disparition de celui qui restera comme une légende d’Hollywood.

«Avec son regard perçant et un visage à l’impressionnante plasticité, […] le comédien a exploré tout le registre des émotions humaines», poursuit le site du service audiovisuel public belge. «Il était connu pour sa capacité unique à imiter les accents et à modifier sa voix, qu’il a prêtée au génie dans l’Aladdin de Disney ou qu’il hurlait dans son micro de DJ avec son inoubliable «Gooooooood morning Vietnammmmmm!» alors qu’il incarnait un militaire rebelle» dans le film de Barry Levinson (1987).

Les hommages pleuvent, et les sites de presse comme le Boston Globe les rassemblent comme une mine d’informations et de réactions éplorées, de Kevin Spacey à Cher et d’Ellen DeGeneres aux millions d’anonymes dont le myocarde saigne. Un flot de larmes coule ainsi à l’évocation et au souvenir de cette carrière cinématographique dont le Washington Post dit si justement qu’elle était «exhibitionniste». Elle mérite largement ce «tribut» que lui rend l’élite mondiale de la comédie, exploré par Wired.

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