Révolution de palais

Roger Federer, c'est comme les paysans: une vache sacrée

Quand Fathi Derder s’attaque au mythique Roger Federer, il brise un tabou et cela donne ceci…

«T’es mort». Mon collègue est catégorique, je ne serai jamais réélu. J’ai commis l’impensable: j’ai dit une banalité connue de tous. J’ai affirmé que le lobby paysan était le plus puissant de Berne (Le Temps du 20 octobre). Tout le monde le sait, mais personne ne le dit. L’électorat paysan est aussi puissant que son lobby. Sujet tabou. 

A Berne, enfoncer des portes ouvertes peut choquer. Quand je «révèle» que personne n’écoute les orateurs francophones (Le Temps du 7 juin), ça déclenche un tsunami de réactions outrées. J’ai même reçu des menaces physiques. Or, la semaine dernière, un ministre romand l’a encore démontré: pour convaincre le Parlement, il parlait allemand. Le français, c’est joli. L’allemand, c’est utile. Mais ça ne se dit pas. Sujet tabou, encore.

Notez bien, il y a des tabous partout. Ce n’est pas propre à la politique. Prenez en sport, par exemple, les priorités financières de Federer. J’ai invité Roger et Stan pour une petite fête en leur honneur au Palais fédéral, en décembre 2012. Un mois sans tournois. Stan est venu, Roger avait mieux à faire: une petite tournée de gala en Amérique du Sud. Je le comprends: Rio en décembre pour 5 millions de dollars, c’est plus sympa que la place fédérale par zéro degrés. Et zéro dollars.

Quatre ans plus tard, Roger se blesse. Au repos forcé pour six mois, je me dis qu’il a du temps. A la fin de l’été, je lui propose une nouvelle fois de recevoir les honneurs fédéraux. Réponse en anglais de son agent américain, il y a quelques jours: merci, c’est sympa, mais c’est impossible. A cause, je cite, de son «rehab plan». Son programme d’entraînement intensif? Pas exactement… Roger raconte ses journées la semaine suivante à la télé romande, dans un français parfait: «Je fais des balades en montagne». Quelques jours plus tard, il publie des photos de champignons sur Twitter.

Son rehab plan? Faire les champignons en montagne. La radio romande interroge un psychiatre: pourquoi fait-il ça? Le diagnostic est implacable: Roger s’ennuie. A moins d’une heure de Berne. Son pays veut l’honorer, mais il a mieux à faire. Il tweete des champignons d’alpage.

En clair, nous sommes le dernier de ses soucis, car nous ne lui rapportons rien. Mais je ne vous ai rien dit. Roger, c’est comme les paysans: une vache sacrée. Quand Roger le multilingue se balade dans les Alpes, entre une vache et un edelweiss, on touche à la perfection helvétique. Et moi, je viens de perdre mes derniers électeurs.

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