Revue de presse

Le roi du porno Larry Flint offre un pactole pour torpiller Donald Trump

Le patron du magazine «Hustler» offre 10 millions de dollars pour toute info qui pourrait mener à une procédure d'«impeachment» du très contesté locataire de la Maison-Blanche

«Larry Flynt, 74 ans, n’a pas perdu son sens du spectacle et du scandale», constate Le Parisien. Le fondateur et patron du magazine pornographique américain Hustler a offert dimanche 10 millions de dollars à quiconque lui apporterait des informations compromettantes sur le président Donald Trump, de nature à mener à sa destitution (procédure d’impeachment). «Je ne m’attends pas à ce que ses potes milliardaires le dénoncent, mais je suis confiant qu’il y a beaucoup de gens qui savent des choses» et pour qui une telle somme d’argent serait alléchante, écrit-il dans une annonce publiée en pleine page dans le Washington Post:

Dans toutes les langues possibles et imaginables, les sites de presse du monde entier en parlent. Focus.de, par exemple, trouve cela «curieux», comme procédé, mais si Larry Flint met en question la légitimité de l’élection de Donald Trump, c’est qu’il a quelques arguments (connus) pour lui. Il cite notamment la possible collusion avec la Russie, dont on dit depuis plusieurs mois qu’elle aurait pu influencer la présidentielle et le sabotage de l’Accord de Paris sur le climat. «Le plus préoccupant, insiste Flint, c’est que bien avant l’apocalypse qui résultera du changement climatique, Trump pourrait déclencher une guerre nucléaire mondiale» avec la Corée du Nord.

«En caractères noirs sur fond blanc, dans un style des plus austères», Larry Flynt explique ses intentions «au fil d’un long texte» dont la chaîne française d’info en continu LCI donne le détail: «Conflits d’intérêts, mensonges, népotisme, racisme, incitation à la haine, […] renvoi du patron du FBI, James Comey, prises de position après les manifestations néonazies de Charlottesville […] Les griefs du «roi du porno» contre le locataire de la Maison-Blanche sont – très – nombreux», sans oublier la collusion (présumée) avec Moscou et l’Accord de Paris, déjà cités.

«Après neuf mois tumultueux aux affaires, Trump a prouvé qu’il est dangereusement inapte à exercer le pouvoir. […] Je sens que c’est mon devoir patriotique, et le devoir de tous les Américains, de dégager Trump avant qu’il ne soit trop tard», craint Flint. Ce qui, sans surprise, a pas mal énervé la Fox, qui a découvert la chose avant publication:

Une telle destitution mènerait à une autre forme de chaos que celle prévalant actuellement et serait bien entendu controversée par les partisans de Donald Trump. «Mais l’alternative, trois années de plus de dysfonctionnement déstabilisateur, c’est pire», poursuit Flint, «ce démocrate tendance libérale qui avait soutenu la candidature de Hillary Clinton», rappelle le Daily Mail britannique. Alors autant prendre le taureau par les cornes et passer aux aspects pratiques de la démarche: l’annonce indique une adresse électronique et un numéro de téléphone ad hoc, ouvert du lundi au vendredi de 8h30 à 18h, pendant les deux prochaines semaines.

Larry Flint n’en est pas à son coup d’essai, se souvient Le Parisien, puisque en 2007, il «avait déjà utilisé la même technique pour obtenir des documents prouvant les liaisons sexuelles illégitimes d’un sénateur et en 1998 à l’occasion de la procédure de destitution avortée du président Bill Clinton, durant l’affaire Monica Lewinsky». Cette fois, précise L’Express, il en appelle à toute personne «pouvant lui fournir un smoking gun [une preuve irréfutable], comme une déclaration fiscale ou des dossiers d’investissement. […] A-t-il par exemple obtenu des contreparties financières des Russes?» demande la pub en question. Ou: «Est-ce que les affaires financières des Etats-Unis ont été compromises pour protéger l’empire Trump? Nous avons besoin de tout déterrer.» En anglais: de trouver du «dirt».

Combien ça coûte? On ne sait pas…

Et France Inter de remarquer que le moment choisi «n’est peut-être pas un hasard», même si Fortune se demande comment Flint va éventuellement «payer une telle somme»: «Dans le contexte de l’affaire Weinstein, une femme aura peut-être rencontré un problème avec Trump» qu’elle aura à cœur de dénoncer, «bien qu’on se rappelle que les révélations [de ce type] durant la campagne ne lui avaient finalement pas coûté très cher». Quant au Washington Post lui-même, «un de ses porte-parole, Kris Coratti, a refusé de révéler combien coûte une telle page de publicité et combien de temps à l’avance il faut la réserver pour une édition dominicale».

Rien que du vent, tout cela? Non, si l’on considère que Flint fait depuis longtemps profession d’agitateur public. Il suffit de se souvenir qu’en 1998, pendant la procédure d’impeachment à l’encontre du démocrate Bill Clinton, il avait déjà offert beaucoup d’argent pour noyer le poisson avec des «scandales» à caractère sexuel touchant les républicains. Et qu’en 2007, il s’était déjà offert des pages de pub dans le Post, pensant que «la responsabilité de la presse [était]  avant tout de s’opposer à l’hypocrisie».

Une année plus tard, en pleine campagne pour la présidentielle de 2008, il avait aussi lancé le projet d’un film pornographique mettant en scène Sarah Palin, colistière de John McCain, le candidat du Parti républicain. Dans la parodie Who’s Nailin' Paylin?, les actrices Lisa Ann, Nina Hartley et Jada Fire tiennent les rôles de Sarah Palin, Hillary Clinton et Condoleezza Rice. Le film sera mondialement connu. Ce combat qu’il dit «pour la liberté d’expression» ne date pas d’hier, pour ne citer que ses plus récents avatars.

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