Les scientifiques ont longtemps été appelés «savants». On parle aujourd’hui de «chercheurs». Ces deux termes illustrent bien que ces personnes se meuvent dans les marges du savoir, entre ce que l’on sait et ce que l’on saura peut-être un jour ou que l’on ignorera encore longtemps. Il y a parmi leurs activités des moments de grande satisfaction, quand, par exemple, un pan de la réalité devient compréhensible; le monde nous semble alors un peu plus harmonieux. Ces moments sont le fruit d’un travail intense de construction d’instruments, de mesures, de confrontations de résultats avec le savoir déjà acquis, avec de nouvelles mesures et les contributions de collègues issus des quatre coins du monde.

Approcher ces connaissances, puis les partager avec des collègues, des étudiants et le public, apporte plaisir et satisfaction. Les astronomes sont privilégiés dans ce domaine, les images du ciel sont belles, le public est intéressé et l’harmonie de l’Univers perceptible. La vie des scientifiques n’est pas une longue promenade romantique le long des berges de la connaissance, c’est une lutte parfois longue et monotone, parfois rude et blessante, parfois superbe, pour appréhender une réalité qui se cache et se défend plus souvent qu’elle ne se révèle aux yeux de ses admirateurs.

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Accéder au merveilleux

La connaissance ainsi acquise nous donne accès au merveilleux du monde, que ce soit la beauté du ciel, l’histoire de notre planète, la structure de la matière, les mécanismes de la vie, les complexités de nos corps, le déroulé des activités humaines au fil des siècles, ou encore les mystères de notre cerveau. Ce savoir est aussi celui qui nous a permis de maîtriser notre environnement et de le plier dans une certaine mesure aux exigences de notre vie et de notre confort. Il nous permet une vie longue et une belle santé, des maisons chauffées, une nourriture variée et nous donne accès à des conforts qui vont de la facilité de se déplacer sur toute la planète à l’utilisation du clavier sur lequel ces mots ont été écrits.

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Avoir pétri le savoir pendant des années, avoir contribué à façonner le monde dans lequel nous vivons donne aux scientifiques la responsabilité et la possibilité de contribuer à relever les défis de notre temps. L’emprise que l’humanité a sur la planète exige de notre part une action déterminée pour nourrir quelque 8 à 10 milliards d’êtres humains, assurer une vie digne à chacun d’eux, ou encore maintenir une atmosphère telle que l’évolution du climat ne mette pas en danger des populations entières. Résoudre les problèmes actuels de l’humanité demande une immense somme de connaissances.

Responsabilité des scientifiques

Prenons un exemple: pour comprendre l’évolution du climat il faut savoir comment l’énergie du soleil est absorbée et réémise par l’atmosphère, mais aussi comment celle-ci interagit avec les océans et la surface terrestre, comment la chaleur est transportée par les vents et les courants marins, comment les nuages se forment et quelle influence ils ont sur l’absorption et la réflexion de la lumière, comment les organismes vivants, les volcans et les activités humaines modifient la composition chimique de l’air. Alors que nous savons qu’il est urgent de diminuer la quantité de gaz divers que nos activités émettent, il faut encore comprendre les mécanismes des sociétés humaines et les réactions de chacun d’entre nous face à des exigences nouvelles.

Tout ceci demande des savoirs physiques, chimiques, géologiques, géographiques, sociaux, historiques, économiques et psychologiques. C’est une des responsabilités des scientifiques que d’apporter ce savoir-là où il est nécessaire pour que nos sociétés prennent les décisions justes et conduisent les actions qui en découlent. Ce travail est le plus souvent celui des académies. Ce sont elles qui sont le plus à même de synthétiser le savoir et le rendre en toute indépendance accessible aux cercles dont dépendent les décisions des sociétés.

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Nombre de nos défis sont globaux. Notre action ici, l’industrialisation par exemple, a des effets ailleurs, la montée du niveau des océans entre autres. Le savoir est lui aussi universel: Il n’y a pas de science d’ici ou d’ailleurs. Pourtant, la plus grande partie de nos processus décisionnels se font à l’échelle nationale. Nous prenons des décisions guidées par des intérêts locaux arbitrés par les puissances nationales. Or la planète Terre est un vaisseau spatial dont la gouvernance doit s’informer de la meilleure science disponible et se décliner en partie globalement.