Au sens premier du terme, nous ne sommes pas en guerre, mais de nombreuses mesures prises pour lutter contre le coronavirus lui ressemblent, d’où la métaphore maintes fois employée. Normal donc que nous ayons vu réapparaître sur nos radars cette institution trop souvent décriée qui s’appelle l’armée. Les survivants de la Mob de 39 ne sont plus guère nombreux mais, dans l’inconscient collectif, l’appel à la mobilisation lancé le mardi 17 mars a résonné comme un écho poignant. Le retour hâtif sous les drapeaux de jeunes soldats nous a rappelé que la Suisse est capable de mobiliser 35 000 hommes en dix jours, alors que l’OTAN a besoin d’un mois pour ce faire, comme nous l’expliquait Philippe Rebord, ancien chef de l’armée, ce mercredi dans Heidi.news. Quant à l’esprit de milice, il est encore bien vivant, puisque deux tiers des appelés ont immédiatement répondu présent.

Sous les drapeaux

Et que dire de l’entrée en majesté de l’immense paquebot blanc orné de ses seules croix rouges, dans le port de New York? Ce bateau-hôpital de l’armée américaine venait mettre à disposition de la ville, durement touchée par le Covid-19, pas moins de 1000 lits, 12 salles d’opération et 1200 soignants. Trois jours avant, son jumeau avait accosté à Los Angeles dans ce même but. On se souvient qu’auparavant ils avaient appareillé pour tenter de soulager les populations décimées par le tsunami de décembre 2004 dans l’océan Indien ou par le tremblement de cités, ici ou ailleurs, qui viennent nous rappeler le rôle mais surtout le sens de l’armée.

L’armée prépare à la guerre mais, ce faisant, elle prépare également à n’importe quelle autre situation de crise, par définition inattendue. Son organisation, son état d’esprit au service de la population, son entraînement aux situations hors normes la rendent utile au-delà d’un conflit conventionnel. Dans le système de milice que nous connaissons en Suisse, tous les métiers sont représentés et sont valorisés. Chacun apprend à utiliser ses compétences professionnelles pour le bien de tous, du cuistot à l’informaticien, du médecin au terrassier, de l’architecte au menuisier. Car il faut bien nourrir les intervenants civils et militaires, assurer les télécommunications, soigner les malades, construire des hôpitaux de campagne, assurer les transports… Sous les drapeaux, tous les savoir-faire sont imbriqués pour tenter de sauver des vies, ce qui fait la différence avec le service civil, dont les adeptes offrent leurs prestations individuellement, sans être passés par l’école des casernes.

L’uniforme distingue

L’habitude de la coordination apprise à l’armée permet à chacun d’être rapidement opérationnel. Les bons gestes reviennent, qui semblaient pourtant si ridicules lorsqu’on les imposait, en temps de paix, dans les casernes. Les vieilles instructions servent de socle pour réinventer comment agir dans des circonstances nouvelles. L’armée, c’est bien ce qu’on lui reproche, inculque la discipline, celle-là même qui s’avère indispensable aussi bien chez les intervenants qui luttent face au mal que chez les citoyens appelés à respecter des consignes contraignantes lors de l’éclatement d’une crise. Dans ces situations, l’uniforme distingue, rassure, convainc. Voilà pourquoi, à la demande des cantons, les troupes sanitaires et le corps de la protection civile, avec ses divisions cantonales, ont repris du service, immédiatement présents, immédiatement utiles.

Quoi qu’on en dise en situation de calme, l’armée est indispensable, outre pour garantir notre souveraineté nationale, mais aussi parce qu’elle représente un réservoir immédiatement mobilisable de forces d’appui, organisées et instruites. C’est pourquoi son coût est celui d’une prime d’assurance dont nous devrions être heureux de nous acquitter tant le pays serait, sans elle, démuni en temps de crise. D’ailleurs, on entend peu ces temps les habituels détracteurs de l’institution militaire. A bon entendeur salut!


mh.miauton@bluewin.ch

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