Living in a Ghost Town. «Vivre dans une ville fantôme.» En ces temps de sale tueur qui vide les rues des villes, le titre paraît particulièrement approprié, la métaphore spectrale est impec. Les Rolling Stones n’ont pas hésité à publier jeudi ce nouveau morceau original, le premier depuis 2012. Sombre écho à la pandémie de Covid-19, écrit le bimensuel américain de la pop culture Rolling Stone, cité par Courrier international et repris par l’Agence France-Presse.

«Les Stones enregistraient en studio de nouveaux morceaux avant le confinement, et on a trouvé que cette chanson […] résonnerait bien en cette période», a indiqué Mick Jagger sur Twitter depuis son château tourangeau: «Je suis un fantôme. Vivre dans une ville fantôme […] Tu peux venir me chercher, mais je ne peux pas être trouvé […] La vie était si belle. Ensuite, nous nous sommes tous enfermés», traduit La Voix du Nord.

Mick Jagger et Keith Richards ont confié à Apple Music que ce titre, «d’environ quatre minutes, avait été écrit en dix minutes, il y a plus d’une année, et que les paroles avaient été légèrement revues pour mieux coller» au temps du coronavirus. Mais «pas beaucoup», assure-t-il. Et il «espère qu’on aimera» ça. C’est, selon l’humble chanteur, le fruit d’une «rencontre entre grands esprits»:

Il s’agit évidemment aussi d’une jolie opération commerciale, pour inciter tous les fans à assister à l’un des concerts de la tournée No Filter, dont les dates encore prévues ont dû être déplacées pour cause de. Mais, commente Télé-Loisirs, «les papys du rock en ont encore sous le pied»! Il s’agit de «leur meilleure chanson depuis des années, pour le Guardian:

I’m a ghost/Livin' in a ghost town/I’m goin' nowhere/Shut up all alone/So much time to lose/Just starin' at my phone/Every night I am dreamin' that you’ll come and creep in my bed/Please let this be over, not stuck in a world without end, my friend

D’une facture plutôt classique mais qui fonctionne bien et se transforme presque instantanément en virus auriculaire, Living in a Ghost Town n’a rien d’un coup de génie, mais l’avantage est que «Jagger et Richards ont maintenant beaucoup de temps supplémentaire à disposition», aux yeux de Rolling Stone. Et «de toute évidence, en ce moment, nous n’avons rien d’autre à faire que d’écrire d’autres chansons, non?» disent-ils.

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Le site de France Télévisions explique que Living… évoque «un monde vidé de ses habitants», comme son nom l’indique, «sans joie, sans fête». Le mot lockdown y est prononcé à plusieurs reprises. Résultat: «Du bon Stones, enlevé, moins blues que leurs derniers titres (et leur dernier album en 2016, Blue and Lonesome, reprises de vieux standards). Les pierres, même confinées, roulent plus que jamais.» L’offensive est mondiale, elle se décline aussi, évidemment, en long et en large sur Facebook et sur Instagram. Entre autres.

Le tout est mis en scène, en partie dans un objectif fisheye, par Joe Connor, avec des images vidéo et photographiques de villes – désertes: Le Cap, Kyoto, Londres, Los Angeles, Margate (GB), Oslo et Toronto. On pense aussi à ceci:

La RTBF précise encore que «le week-end dernier, les Rolling Stones ont joué You Can’t Always Get What You Want» dans le cadre de l’événement caritatif One World: Together at Home, géré par Lady Gaga pour la lutte conte le Covid-19, chacun chez soi, après s’être fait longtemps désirer. Le plan marketing, en deux temps, est efficace.

Leur performance avait «démarré sur un écran divisé avec, tout d’abord, Mick Jagger qui chante et joue à la guitare acoustique, puis Keith Richards et Ronnie Wood qui l’accompagnent, pour finir avec Charlie Watts qui a proposé de l’air drum à la place de sa vraie batterie, car cette partie était préenregistrée».

Une seule note divergente dans ce concert de louanges et de pâmoisons diverses face aux Stones, reprises en boucle, celle du Luxemburger Wort, intitulée «Gueule de bois» et qui parlait du fameux concert virtuel «gagaïen». Elle est aussi applicable à Living…: «Si même les Rolling Stones acceptent, sur invitation de madame Gaga, de s’exposer en confinés et d’admettre donc leur soumission à la loi du virus, alors on peut dire» ceci:

Corona est une opération de police réussie

Les rebelles se sont aussi pliés, note ainsi le journal: «Non, je ne puis avoir tout ce que je veux, la «distanciation» éloigne les chairs, la musique est mauvaise en cuisine et mon dealer a fermé boutique faute de fournisseurs – le virus a tout pris, tout confisqué, d’autorité, et si même les Stones s’alignent, si même Jagger et Richards acceptent docilement leur réclusion…

Christophe, lui, a filé avant que le fléau ne lui brûle les ailes. Luciole fragile et prodigue, il n’aurait pu se soumettre aux lois mesquines que le virus a imposées. Christophe s’est envolé, emportant notre adolescence et ses Mots bleus. Les Stones, eux, poussent plus loin le dépouillement, en annonçant que l’âge de raison est advenu.»


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