Russie-Suisse

Roman Abramovich, nouveau paria?

La Confédération a refusé que le milliardaire russe devienne résident suisse en 2017 pour des raisons de sécurité publique. Londres n’a pas prolongé son visa. Le vent semble tourner pour les oligarques russes

«#Abramovich représente un danger réel pour la Suisse. Celui de se faire mal voir par Poutine.». Ce tweet pour le moins ironique de la nouvelle secrétaire générale du PS Vaud, Olga Baranova, suit les révélations de la Tribune de Genève et du Tages-Anzeiger sur l’oligarque russe Roman Abramovich. Selon nos confrères, le milliardaire, propriétaire du FC Chelsea en Angleterre, a tenté à l’été 2016 de s’installer à Verbier, en Valais.

En vain: sa demande a été refusée début 2017 par la police fédérale (Fedpol), sa présence posant une «menace pour la sécurité publique» et un «risque de réputation». La Confédération invoque «des soupçons de blanchiment d’argent et des contacts présumés avec des organisations criminelles». Des accusations rejetées «avec véhémence» par ses avocats, qui ont tout fait depuis sept mois pour interdire l’article.

Coïncidence? Ces informations sont finalement rendues publiques alors que le climat est tendu entre Berne et Moscou, après l’arrestation aux Pays-Bas de deux espions russes qui faisaient route pour le laboratoire spécialisé de Spiez. «Le coup de propagande antirusse du jour!», réagit ainsi un usager de Facebook. Un autre relève que «depuis le début de la guerre de propagande antirusse lancée début 2017, on s’y intéresse comme par hasard!» Le personnage fait pourtant souvent parler de lui, depuis qu’il a repris le club de football londonien de Chelsea en 2003.

Ode aux services suisses

«Roman Abramovich était une menace pour la sécurité publique selon la police suisse», reprend le Guardian. «D’après notre gouvernement il est tout à fait apte à diriger un club de première division, commente un lecteur du quotidien. Les Suisses semblent un peu plus forts pour repérer les fauteurs de troubles.» «Ah, de bons services secrets européens, renchérit un autre lecteur, tellement différents d’ici. Maintenant vous voyez, chers Britanniques, la différence entre l’Europe et votre système crapuleux à la botte des riches et des oligarques»… «Mais que dites-vous? Ici aussi on lui a retiré son visa, il est maintenant en Israël», rectifie un troisième.

En effet, personne n’a plus vu le milliardaire à Londres depuis que son visa d’affaires n’a pas été renouvelé, en mai. D’où le titre de la longue enquête sur le magnat du pétrole, publiée aussi ce mardi par le magazine économique américain Bloomberg Businessweek et intitulée: «Quelqu’un a-t-il vu Roman Abramovich?»

Persona non grata

Qu’il soit devenu persona non grata en Grande-Bretagne a jeté un froid dans le Londongrad, la communauté de Russes fortunés établis à Londres et étroitement liés au président russe Vladimir Poutine, écrit le magazine. «C’est comme si une grenade avait été lancée au sein du gouvernement, et personne ne sait quelle en sera l’issue», se désole Dmitry Gololobov, un avocat russe vivant dans la capitale anglaise. «Chacun est en train de réduire ses risques liés à sa présence ici, car personne ne sait comment il sera évalué.»

Car oui, les oligarques russes sont observés par le gouvernement de Theresa May. Le climat de «guerre froide 2.0», qui a commencé par l’annexion russe de la Crimée en 2014, s’est aggravé avec l’empoisonnement de l’espion Sergueï Skripal, écrit Bloomberg Businessweek. Pour combattre le blanchiment d’argent, la National Crime Agency a été habilitée à saisir les avoirs acquis de manière illicite. Elle enquête, pour ce faire, sur les sources de revenus de 140 résidents étrangers, dont une majorité d'entre eux pourraient être des Russes. 

La fin du Londongrad?

Le départ forcé de Roman Abramovich annonce-t-il la fin du Londongrad? L’homme d’affaires se prépare en tout cas à vendre Chelsea – pour plus de 3 milliards de livres, selon une source proche du dossier citée par le journal. «Enfin, après avoir déroulé le tapis rouge à l’argent russe, on le considère comme une menace», soupire sur Twitter le militant anti-corruption Roman Borisovich, également installé à Londres.

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