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Mythe fondateur, symbole de l’indépendance et de l’unité, la prairie du Grütli ne revêt probablement pas la même importance des deux côtés du Röstigraben.
© ARND WIEGMANN / Reuters

Editorial

Les Romands et le 1er Août

EDITORIAL. Les Romands regardent avec beaucoup de distance le serment des trois Suisses sur la prairie du Grütli que l’on commémore à l’occasion de la Fête nationale. Faut-il s’en inquiéter?

Comme chaque année à l’occasion de la Fête nationale, les Romands sont rappelés à leur étrangeté au sein de leur pays. C’est la saison où nous vérifions, avec application pour les plus patriotes d’entre nous, avec dérision pour d’autres, si nous n’avons pas oublié Arnold, Walter et Werner, les trois Suisses dont l’esprit doit nous inspirer.

L’identité des conjurés et la réalité du serment du 1er août sont douteuses, mais ce n’est pas le problème. Nous sommes dans le mythe et partageons avec des peuples plus glorieux encore que le nôtre la faiblesse de vouloir descendre de valeureuses origines.

Lire aussi: Le Grütli, lieu de désamour pour les Romands

La difficulté réelle, c’est que les faits, les personnages et les lieux de cette histoire légendaire sont, pour la minorité francophone, lointains à tout point de vue. Voyez ces politiciens de premier plan qui admettent n’avoir jamais eu la curiosité d’arpenter la prairie du Grütli!

Eloignement historique: les Romands, à l’exception des Fribourgeois, ont été dans la Confédération des pièces rapportées et tardives, à titre souverain en tout cas. Plus récemment, l’amour romand de la patrie, parfaitement compatible avec l’ouverture des frontières, a pu être refroidi dans son expression, en voyant ses symboles confisqués par une vague politique d’arrogance et de fermeture. C’est pour ne pas laisser le Grütli aux nationalistes que Micheline Calmy-Rey y avait fait en 2007 une sortie remarquée.

Mercredi, c’est sur une prairie pacifiée que parlera Alain Berset, en président, mais les organisateurs s’inquiètent de l’indifférence qu’ils perçoivent chez les Romands. Faut-il changer les choses, organiser autrement la Fête nationale? Certain(e)s rêvent d’un 7 février, ce jour de 1971 où le droit de vote a été accordé aux femmes. Ou de commémorer la Suisse moderne de 1848 plutôt que les vieilles guerres contre les Habsbourg. Ou encore de célébrations dans chaque région linguistique, chacune selon son génie.

Aucune de ces propositions ne fait vraiment tilt. Les Romands n’ont du reste en commun ni lieux ni héros leur permettant de concurrencer nos trois Suisses. Ni de valeurs plus sensées à défendre que l’indépendance, la liberté et l’entraide, qui restent, derrière un folklore patriotique parfois récupéré politiquement, le cœur du sujet.

Le désamour relatif des Romands pour la Fête nationale dans ses versions officielles n’est pas bien grave. Depuis qu’il a été instauré, en 1889 seulement, le 1er Août se veut dans tout le pays une fête très décentralisée, familiale même. C’est par l’esprit que se réunissent autour de multiples feux la métropole et le village, le Plateau et la montagne, les jeunes et les vieux. Liée comme par hasard à l’été et aux vacances, la Fête nationale reste une promesse universelle.

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© Gabioud Simon (gam)