C’est à Helvetia Latina qu’on le doit! Cette association fondée pour défendre les minorités latines n’a rien trouvé de mieux que d’exiger que les cadres de la Confédération maîtrisent activement deux langues nationales et aient une connaissance passive de la troisième. Elle pense ainsi éviter que les hauts fonctionnaires germanophones ignorent le français. En réalité, cette mesure risque bien de pénaliser les candidatures romandes.

Il faut être conseiller national fribourgeois et baigner depuis trop longtemps dans le marigot fédéral, comme le président d’Helvetia Latina, Dominique de Buman, pour croire que tous les Suisses sont polyglottes. Certes, quelques Romands sont bilingues, mais le réservoir est limité et la majorité de nos concitoyens francophones connaissent mal l’allemand et ne pourraient donc plus accéder à un poste à responsabilité à Berne.

Les mauvais résultats de l’enseignement de l’allemand sont connus. Outre la difficulté de la langue, ils proviennent aussi du peu de possibilités de pratiquer la langue apprise à l’école dans un pays où la langue maternelle, celle que l’on parle, est le suisse-allemand. Nos compatriotes suisses alémaniques n’ont pas ce handicap et maîtrisent plutôt mieux notre langue que nous la leur. La meilleure façon d’améliorer l’accès des francophones est donc au contraire d’exiger que ceux-ci puissent entrer au service de la Confédération avec les connaissances linguistiques acquises à l’école. Cela implique que chacun puisse véritablement écrire et s’exprimer dans sa langue. Cela implique ensuite un effort et un soutien pour perfectionner ses connaissances linguistiques, y compris en suisse-allemand, ainsi que des services de traduction du français à l’allemand pour tous les textes qui doivent être publiés – et donc traduits.

Promouvoir ou nommer en fonction des seules connaissances linguistiques serait souvent se priver des personnalités les plus compétentes et frapperait d’abord les francophones, les Suisses alémaniques et surtout les Tessinois ayant de bien meilleures connaissances linguistiques qu’eux. Or une présence francophone active est absolument essentielle si l’on veut que la Confédération puisse tenir compte de la culture, des sensibilités et des courants de pensée de notre coin de pays.

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