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Une des images phares de la campagne de prévention de Love Life contre les maladies sexuelles, lancée il y a dix jours déjà.
© OFSP

Revue de presse

Les Romands moins prudes que les Alémaniques en matière de sexe

Très amusant, ce matin, de voir la manière dont les médias traitent des résultats de la nouvelle enquête Love Life sur la sexualité en Suisse. Une dominante: l’apparition d’un nouveau Röstigraben

Lorsque 30 000 personnes sont interrogées en Suisse à des fins statistiques pour une enquête nationale comme cela se fait presque chaque année sur les pratiques en matière de sexualité – l’enquête Love Life rendue publique en Suisse ce lundi, via l’OFSP – on a évidemment affaire à un sujet croustillant. Qu’il faut traiter, pour les uns, avec des pincettes, et pour d’autres sans tabous… Si on faisait un petit tour des popotes médiatiques qui pénètrent ce mardi les chambres à coucher (et autres lieux de plaisir, ça va de soi)?

Lire aussi: La vie sexuelle des Suisses passée au crible

C’est sans doute La Première radiophonique de RTS qui a eu la meilleure idée en inscrivant le chaud sujet dans sa capsule «On connaît la chanson»… un peu avant 6 heures du matin. De quoi vous mettre un ver dans l’oreille pour toute la journée, avec ce groupe de musique new wave français qui connut un certain succès au milieu des années 1980, notamment avec cette chanson qui portait le même nom que le groupe lui-même. «Je suis un être à la recherche/Non, pas de la vérité/Mais simplement d’une aventure/Qui sorte un peu de la banalité»:

Comme le sondage a été réalisé sur les sites du Matin et du Blick, ce sont ces deux journaux qui donnent le plus de détails. Mais dans tous les médias qui en parlent – beaucoup font l’impasse totale – on insiste sur une chose: ce sont les Romands, en Suisse, qui sont les plus actifs, les plus audacieux, les plus coquins. Deux sexologues le confirment dans le quotidien populaire alémanique. Alors que son pendant romand, du moins dans son édition imprimée, restreint encore le champ géographique en titrant, sur ses deux pages d’ouverture: «Près du Léman, c’est chaud!»

L’attaque de l’article du «Matin» est on ne peut plus claire – hum: «Ça s’appelle l'«Analgraben» dans le jargon des chercheurs» qui analysent «les paramètres» dits «les plus déviants». Résumé: [Laissez partir les enfants à l’école, à partir de maintenant.] «De manière générale, les Romands sont champions en sexe anal (plus de la moitié de la population) et en coups d’un soir. En revanche, nous sommes moins «exhibs» que les Alémaniques, qui aiment notamment s’envoyer en l’air en public.» L’Illustré est sur la même ligne: «Les Romands ont une vie sexuelle débridée» – conclusions qu’on vous laisse découvrir non sans préciser que le magazine juge que cette étude «commence par enfoncer des portes ouvertes».

Où «la nouveauté» commence-t-elle?

Confirmation totale de l’émergence de ce nouveau Röstigraben dans le «Blick», qui s’adresse directement à ses lecteurs en page une, en leur assénant un «Ihr seid prüde!». Ajoutant: «Les Welsches, ces frivoles, se moquent de la vie sexuelle des Alémaniques.» Mais rien de tout cela dans le développement de l’argument: une sexologue se contente de soutenir qu’en fait, les Romands sont simplement «davantage ouverts à la nouveauté». Où commence la nouveauté? Mystère et tube de gomme.

Bon. On le voit bien: une fois qu’on a dit cela, on n’a encore rien dit. Parce que ce qui paraît plus inquiétant, par exemple, comme le relève, entre autres 20 Minuten, c’est que les Suisses renoncent toujours plus au préservatif dans les relations dites à risques, estimant qu’un danger comme le sida s’est éloigné. Rien de plus faux, rétorquent les responsables de la campagne. Pour davantage de détails, la palme revient sur le Web à Watson.ch, qui a fait un remarquable travail de mise en scène.

«Avant tout un jeu à deux»

La Tribune de Genève et 24 heures ne sont pas en reste, qui consacrent chacun une page 3 (la même) à Love Life, en tête de leurs articles les plus lus, soit dit en passant. Ici, l’originalité du traitement consiste à dire, comme Marie-Hélène Stauffacher, sexologue et cocréatrice de l’Institut suisse de sexologie clinique, qu’«on a oublié que le sexe était avant tout un jeu à deux». Que «cette étude a affolé la Toile […] parce qu’il nous accompagne toute notre vie, dès l’enfance et jusque dans la vieillesse», le sexe. «Et il continue de nous intéresser même lorsque cela se passe mal.»

Autres constats de la spécialiste: les ruraux «ont davantage l’occasion d’assister à des reproductions d’animaux, ce qui laisse moins de place à l’imagination. Celle-ci est beaucoup plus présente et valorisée chez les citadins.» Mais de toute manière, selon elle, «les enjeux actuels du sexe sont bizarres. […] On a tendance à tout dire, à tout décrire à des étrangers alors que l’on est incapable de parler à son conjoint.» Alors, conseil: «Etre un petit peu coquin mais pas trop. Surtout, essayer de ramener le sexe à l’amour, s’éloigner de ce mode de surconsommation. Apprendre à retrouver une intimité de couple, cette zone à deux d’où rien ne doit sortir.»

«Retrouver le secret des alcôves»

Ah… «retrouver le secret des alcôves», comme dit Madame Stauffacher… Pourquoi tant de publicité? Pourquoi le sexe intéresse-t-il tant? Pourtant, ses confrères et elles constatent «un retour en arrière, une réapparition du puritanisme. Une forme de retour du religieux bien-pensant. Cela se constate avec les réactions contre la campagne de prévention contre le sida: certains crient au scandale, notamment contre les images mettant en scène des homosexuels. Selon eux, le sexe n’a rien à faire dans l’espace social.»

Mais dans le fond, «il ne s’agit pas de sexualité». Il s’agit de santé! D’amour de la vie (Love life), et tout cela vient de l’OFSP, qui porte bien son nom. Et qui n’a jamais contredit celui qui dit: «Rire, c’est bon pour la santé.»

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