Opinions

Romano Prodi paie la note de Silvio Berlusconi

Editorial.

Hué, sifflé dans son fief de Bologne, Romano Prodi traverse une très mauvaise passe. Aujourd'hui mardi, son gouvernement devrait demander pour la neuvième fois depuis son accession au pouvoir, en mai dernier, un vote de confiance pour faire passer son budget au Sénat. Depuis que le président du Conseil a présenté sa loi budgétaire, sa cote de popularité a chuté de 20 points. Les instituts de sondage disent n'avoir jamais assisté à un effondrement aussi rapide et aussi important.

Aux yeux des Italiens, le professeur a perdu la bonhomie qui l'a longtemps caractérisé. Il est désormais perçu comme l'apôtre d'une austérité incomprise.

Cette dangereuse impopularité résulte peut-être d'une communication lacunaire de la majorité très fragmentée du centre gauche qui n'a pas su montrer les bienfaits futurs de sa réforme budgétaire. Mais elle est surtout le prix de l'énorme facture laissée par le gouvernement de Silvio Berlusconi.

Pendant des années, ce dernier a fait preuve d'un laxisme qui a permis de protéger voire d'étendre les privilèges de certaines catégories de la société italienne. La pratique abusive du «condono», l'amnistie fiscale, était devenue la règle. Ce laisser-faire a déstabilisé le pays et fait de l'intérêt public une incongruité. Aujourd'hui, l'Italie est, comme le souligne l'ex-premier ministre Giulio Amato, «devenue folle» et la démocratie «se fracture». Un exemple de dérive? Le recomptage des voix exigé par Silvio Berlusconi plus de six mois après les élections, une manière scandaleuse de contester, à l'image du populiste mexicain Lopez Obrador, l'essence même des institutions démocratiques.

Même s'il apparaît toujours avec la même nonchalance, Romano Prodi devrait pourtant avoir l'appui massif des démocrates qui souhaitent que l'économie italienne sorte de ses problèmes structurels et abandonne son habit de cancre de la zone euro. Car ce sont le professeur et ses ministres Pierluigi Bersani et Francesco Rutelli qui ont donné un début de consistance à la «révolution libérale» tant vantée par le Cavaliere, mais restée au stade du simple slogan durant son règne.

Avec une croissance économique longtemps nulle, qui se chiffre à un maigre 0,3% au troisième trimestre, l'Italie a plus que jamais besoin d'un noyau réformiste pour remettre la Péninsule sur la voie de la prospérité. Dans l'intérêt des Italiens, mais aussi de l'Europe.

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