Sur la page Facebook de Mme Bardet, on se déchaîne: «La honte à vous et à votre parti!»; «Ce que vous avez fait, c’est de la triche tout simplement, dehors toute cette clique…»; «Il faut arrêter la politique et vous consacrer au ménage ou à planter des fleurs. Comme ça, pas peur du burn-out! Il ne faut pas nous prendre pour des c…, non plus!» A l’image de ces citoyens fâchés, le canton de Fribourg est aussi tourneboulé: élue dimanche dernier à l’exécutif de la ville de Romont, lors des élections communales – une «sensation», pour les Freiburger Nachrichten – l’écologiste Nicole Bardet-Leuenberger renonce à y siéger pour céder la place à… son mari, Luc A. Bardet, le premier des viennent-ensuite du même parti, celui des Verts, qui a obtenu 11 voix de moins qu’elle!

Alors, sur sa propre page Facebook, ce dernier met les points sur les «i»: «Ça va peut-être en étonner quelques uns, mais non, Nicole Bardet et moi ne faisons pas de la politique pour faire plaisir à nos adversaires!!!» Certes non, mais un internaute de 20 Minutes ironise, lui, en écrivant que les charges professionnelles de Madame étaient peut-être «moins élevées la semaine passée, avant les élections? Fallait pas se présenter alors! J’ai du mal à comprendre, si ça c’est pas un coup monté… Mais quelle honte! Et après, on est censés avoir confiance en des gens pareils pour qu’ils nous représentent? Et quel message pour les femmes? Mais où va-t-on…»

RTS Info précise que cette dernière «est très occupée notamment par son travail à la Banque alternative suisse», comme l’ont expliqué les Verts fribourgeois mardi dans un communiqué, après avoir crié victoire le 28 février. Nicole Bardet continuera cependant à siéger au législatif, le Conseil général. «Et elle mènera la liste des Verts glânois aux élections au Grand Conseil cet automne, un engagement jugé plus compatible avec son agenda.» Reste que c’est un «coup de théâtre politique», dit aimablement La Télé.

«Nous avons été pris de court»

Madame qui laisse poliment la place à Monsieur? «J’aurais de toute façon dû céder ce siège, peu importe [à qui] et non parce que c’est mon mari», a-t-elle assuré dans l’émission de radio Forum mercredi soir. Elle y a expliqué que «les Verts ne s’attendaient pas à décrocher un siège au Conseil communal»: «Nous avons fait une candidature de combat pour renforcer notre position au législatif, nous ne n’avons pas imaginé que nous décrocherions un siège à l’exécutif. Nous avons été pris de court.»

Certes, tout est absolument légal, mais Nicole Bardet a probablement aussi été élue parce qu’elle était une femme. «La Romontoise comprend la surprise et la colère des personnes qui se retrouvent avec un homme, mais elle glisse qu’elle n’est pas une super woman. Elle ajoute, non sans une certaine naïveté, que les électeurs des Verts «défendent des idées, non des personnes». Et que répond-elle aux féministes comme la socialiste Nicole Lehner-Gigon qui «sont outrées»? Qu'«elles ne connaissent pas» sa vie privée et qu'«il vaut mieux avoir un homme qui sache défendre la cause des femmes que personne».

Même réticence dans La Gruyère de ce jeudi qui, dans son éditorial de la version imprimée, parle de «trahison»: «Trahison de ses électeurs, oui. Mais pas uniquement. Nicole Bardet représente bien davantage qu’un élu. C’est une femme, compétente, de 35 ans, une Verte. Soit un être rare lorsqu’il figure» sur une liste. «Un être sur lequel aurait pu se construire une future génération politique. Cette dernière a besoin d’exemples positifs, d’exemples courageux, d’exemples victorieux.» Las…

Une «tromperie crasse»

Face à la manœuvre, les adversaires politiques des Verts «ne cachent pas leur mécontentement, à l’image d’André Schoenenweid, président du PDC cantonal, qui s’exprimait à titre personnel à la RTS, évoquant une «tromperie crasse» et un «copinage de mauvais goût». Quant au PS, il se dit lui «surpris «et «déçu», dénonçant une manœuvre «pas élégante». Partout, c’est un océan d’ulcérations. Jusqu’à Neuchâtel, où un internaute d’Arcinfo déplore: «Les Verts, c’est comme le brouillard, INUTILE…» Ils sont décidément bien peu à la défendre, Mme Bardet:

Côté PLR, les mots ne sont pas plus tendres: c’est un «bafouement de la démocratie», le «peuple a été grugé», fustige Didier Castella, président du parti cantonal, ajoutant qu’il y a «une responsabilité individuelle face aux électeurs, qui n’a pas été respectée». Sur sa page FB, ses amis disent qu'«après, faut pas que l’on s’étonne si les jeunes ne vont pas voter. Honte à vous» ou «des vertes et des pas mûres!» une fois qu’il eut posté ceci:

«La décision estomaque autant qu’elle choque du côté de leurs adversaires», renchérit La Liberté, où Nicole Bardet prétend qu'«il n’y a rien de choquant à céder sa place: «Si j’avais fait le double des voix, nous aurions pu discuter. Mais là, il se trouve que je suis plus à l’aise dans un législatif et que Luc a le temps et les compétences pour l’exécutif.» Et d’ajouter sur le ton de la rigolade: «Quand j’ai été élue, quelqu’un m’a souhaité bonne chance avec tous ces machistes du Conseil communal. Je n’ai pas envie d’aller au casse-pipe.»

Une attitude «détestable»

Mais dans le même article, Nicole Lehner-Gigon fustige cette attitude «détestable»: «En tant que féministe, c’est un mauvais rêve. Nicole Bardet a été beaucoup mise en avant durant la campagne. C’est comme l’auto-stop, on met une femme au bord de la route pour avoir plus de chances qu’une voiture s’arrête.» Et le commentateur du journal n’a «pas peur des mots»: «La démocratie est bafouée à Romont, écrit-il. Nicole Bardet se moque des électeurs. […] Dans cette triste pantalonnade, [elle] a beaucoup à perdre. […] A Fribourg, le nouvel élu PDC Laurent Dietrich ne devance son président cantonal André Schoenenweid que de 10 suffrages. Que dirait-on si le premier se désistait au profit du second? Comment réagiraient les Verts? Il y a fort à parier qu’ils dénonceraient une politique de petits copains d’un autre temps.»

Président du PDC de Romont, Thierry Schmid en ajoute une couche dans le quotidien fribourgeois. «Il sentait le coup venir»: «C’est un déni de démocratie! Si le PDC avait osé faire ça, on se serait fait traiter de tous les noms, de rétrogrades.» Sur sa page Facebook, il ajoute que dire que «la méthode fait jaser», c’est un «doux euphémisme!».