La chambre rêvée: celle de Whymper, bien évidemment. Un souhait impossible à exaucer, en raison notamment des transformations réalisées. Mais aussi parce qu'il serait très difficile de contenter tous les clients demandant à dormir dans les murs du pionnier de l'alpinisme. Fort diplomatiquement, Martin Sonderegger, le directeur, a réglé le problème à sa manière. C'est désormais le salon Whymper, aménagé à la place d'anciennes chambres, à qui a été dévolu ce rôle. Le fameux portrait de l'alpiniste à l'époque de son ascension du Cervin est accroché en bonne place sur la paroi boisée. En face, une copie de la page manuscrite du Livre d'or renvoie toutefois à la première de l'ascension du Mont Rose, en 1855. C'est un discret hommage au révérend Charles Hudson qui, lui, n'est pas rentré du Cervin en 1865. Il côtoie une assiette de Delft, cadeau du Club alpin néerlandais envoyée pour le centenaire de l'hôtel.

L'objet du passé: une plaque de bronze apposée à l'extérieur de l'hôtel, à droite de l'entrée. Portant l'effigie d'un Whymper sombre dans ses dernières années, elle se contente de remarquer sobrement «qu'il entreprit victorieusement la première ascension du Cervin à partir de cet hôtel avec une cordée de compagnons et de guides». Il n'est fait aucune mention des quatre morts de l'expédition. Pas question de dégriser les touristes dont le Cervin continue à tourner la tête.

La demande extravagante: dans un hôtel fréquenté depuis un siècle et demi par des Britanniques, la discrétion est de règle. La vue de la cime magique du Cervin semble satisfaire toutes les aspirations. Tout au plus les clients insistent-ils pour obtenir d'une année à l'autre exactement la même chambre, pas un étage plus haut ou plus bas, même si le panorama ne change pas.

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