Amours, délices et orgues (3/7)

Le rose aux joues de Rose

A 80 ans, l’aînée est restée une jeune fille. Qui se souvient avec frisson du jeune garçon qui l’a émue un soir de mai 1950…

Chaque jeudi de l'été, notre chroniqueuse raconte la fugacité des histoires de cœur en été.

Episodes précédents:

«Mon dos contre son torse, j’aurais voulu que ça dure toute la vie!» Rose, 80 ans, en frémit encore. Nous sommes en mai 1950. Avec ses camarades âgées de 11 ans, Rose vient d’égrener les chapelets de Marie dans l’église d’un village genevois. C’est la tradition: chaque soir que mai fait, des prières en boucle célèbrent la Vierge immaculée.

A la sortie, les fillettes, jupette et chaussettes, ont le droit de rester papoter sous les marronniers. L’occasion pour les garçons de faire leur apparition, d’échanger quelques mots et d’emmener leur amoureuse sur leur vélo. «Assise sur la barre, adossée contre lui, c’était divin», se souvient Rose, le rose aux joues. Son élu s’appelle Francis. C’est le fils d’un maraîcher de la région, ami de la famille. «On était tous des travailleurs des champs. Personne ne partait en vacances. La romance qui débutait en mai se poursuivait en juin, lors de la cueillette des cerises, et en juillet, pendant les foins.»

«Un bras frôlé, une main tenue»…

Baisers volés? «Non, des rires et des regards. Un bras frôlé, une main tenue, mais rien de plus.» A cette évocation, un frémissement demeure pourtant. «Nos pères voulaient nous marier. On avait écrit nos noms sur le mur de l’école. Francis m’achetait des bonbons à la sortie des classes. Chaque cadeau m’emmenait très haut!»

Mais encore, sur qui se pâmait Rose, jeune ado, lorsqu’elle ne pensait pas à Francis? «Je rêvais de l’acteur Gérard Philipe. Il était si beau! Il nous subjuguait complètement. Et aussi, je lisais en cachette le feuilleton à l’eau de rose publié dans Les veillées des chaumières, un magazine pour adultes qui trônait dans la bibliothèque familiale, dans sa magnifique reliure. Plus tard, j’ai dévoré les romans de Delly, littérature de gare très cliché, mais parfaite pour une grande romantique comme moi.»

L’âme de Rose n’a pas pris une ride. Elle frissonne, intacte, au souvenir de ses jeunes émois.

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