L'éco de la semaine

Des roses «fairtrade» pas très fair-play

OPINION Max Havelaar a publié le jour de la Saint-Valentin un rapport sur l'impact écologique des roses. Rien de neuf dans cette étude, à part les dessous de son financement

C’était il y a une semaine. Mon collègue Servan Peca remarquait que, depuis quelque temps, le monde économique semblait toujours davantage s’intéresser au climat. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour lui donner raison.

Lire aussi:  De la fixette climatique à l’obsession écologique

Jeudi, la Fondation Max Havelaar a envoyé aux journalistes une «nouvelle étude» de 38 pages sur les roses. On y apprenait que les fleurs issues du commerce équitable étaient «beaucoup moins néfastes pour l’environnement que les fleurs conventionnelles». Elles émettent ainsi «jusqu’à 5,5 fois moins de dioxyde de carbone» et nécessitent «6,5 fois moins d’énergie». Bigre!

Eau et pesticides

L’étude développait le contexte d’approvisionnement des roses en Suisse. Les déclinaisons équitables de Max Havelaar sont produites au Kenya et en Tanzanie et arrivent dans nos magasins par avion. Pourtant, «malgré les gaz à effet de serre néfastes», ces dernières sont plus écologiques que leurs cousines conventionnelles des Pays-Bas puisque celles-ci poussent dans d’affreuses serres chauffées artificiellement (je résume).

L’étude a un mérite: ses résultats sont plus nuancés que ce qu’on peut en lire au premier abord. Sur l’utilisation des pesticides, par exemple. On y apprend que les roses du Kenya, les fairtrade, nécessitent davantage de produits chimiques pour pousser que leurs cousines du nord de l’Europe – oui, oui, on parle même ici de l’infâme glyphosate. Et sur l’eau: pour grandir, les fleurs kényanes boivent énormément dans un pays qui souffre déjà de la sécheresse, alors qu’aux Pays-Bas l’or bleu dédié aux plantes tourne en circuit fermé.

Rien de neuf

Mais alors à quoi sert cette publication? A-t-elle seulement un sens puisqu’on découvre en conclusion qu’en fait «les roses étudiées sont de qualités et de prix différents et dès lors ne représentent pas exactement le même produit»? Et n’est-il pas regrettable que la fondation ne s'interroge à aucun moment sur le problème de fond, à savoir: est-il pertinent d’acheter des fleurs qui ont volé 10 000 kilomètres en avion, fairtrade ou non?

Surtout, pourquoi faire la promotion d’une étude qui n’apprend rien de neuf à personne? En 2006, MyClimate publiait en effet déjà un document de 22 pages arrivant exactement aux mêmes conclusions. La Fondation Max Havelaar doit bien le savoir puisqu’elle cite justement ce document… sur son propre site internet.

En fait, la réponse facile à tous ces «pourquoi» se trouve en page 2 de l’étude publiée cette semaine. On y lit que le commanditaire n’est autre que «Migros-Genossenschafts-Bund», soit la Fédération des coopératives Migros. Coïncidence, cette étude est parue à la Saint-Valentin, le jour où le géant orange… promouvait justement les roses fairtrade Max Havelaar sur son site internet (10,30 francs le bouquet, 20% de rabais!).

Collaboration «plutôt rare»

Contactée, la fondation souligne que Migros n’a payé que la moitié des 14 000 francs qu’a coûté l’étude. Et si elle admet que ce type de collaboration avec les entreprises «est plutôt rare», elle n’exclut pas de renouveler ce type d’opération à l’avenir.

La semaine dernière, mon collègue se demandait si les journalistes faisaient une fixette sur le climat ou si, à l’inverse, «ce sont les pourvoyeurs d’informations et les communicants qui mettent l’accent sur la hype climatique pour être entendus dans le brouhaha médiatique».

Dans le cas des roses fairtrade vendues par Migros, la réponse ne fait pas un pli.

Publicité