La transparence n'est pas toujours un exercice facile dans les nouvelles démocraties d'Europe orientale. C'est ce qu'a découvert le premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsany, lorsqu'un enregistrement dans lequel il avouait les mensonges de son gouvernement a déclenché des émeutes. Comme la Hongrie, la Roumanie postcommuniste s'est efforcée d'encourager l'ouverture et l'honnêteté dans une société qui comptait autrefois parmi les plus fermées au monde. Mais la persistance d'une culture du secret a fait exploser la corruption et les abus de pouvoir.

On remarque cependant une évolution vers plus de transparence, évolution reconnue par l'Union européenne qui a donné le feu vert à la Roumanie pour une adhésion au début de l'année 2007 [...] Les réformes essentielles dans le domaine politique et juridique, dont j'ai la charge, vont du renforcement de la transparence et du contrôle du financement des partis politiques à la réorganisation du système judiciaire pour déraciner la corruption. Des ministres et des anciens ministres, des parlementaires, des magistrats, des avocats, et des membres des forces de police, des douanes et d'autres organes publics, ainsi que des chefs d'entreprises privées, ont été mis en examen. De nouveaux formulaires ont été mis au point pour les déclarations de patrimoine et d'intérêts financiers par les personnes occupant des fonctions officielles au gouvernement, au parlement, dans l'administration publique et locale et dans le système judiciaire. Les nouvelles modalités de déclaration sont les plus détaillées en Europe, et surtout elles sont rendues publiques [...]

Je fais aujourd'hui partie du gouvernement, et je me rends compte qu'il n'est pas toujours évident de partager certaines informations avec le public. Mais il arrive que des réformes douloureuses s'imposent. Nous n'aurions pas mené à bien les réformes économiques et politiques qui vont nous permettre d'entrer dans l'UE sans soumettre nos politiques à l'examen du public et sans accepter la participation accrue des citoyens au processus décisionnel qui doit accompagner une telle ouverture.

De fait, l'accès à l'information est devenu une condition sine qua non de la démocratie partout dans le monde. Quand les Etats-Unis ont adopté le Freedom of Information Act en 1966, ils étaient les seuls, avec la Suède et la Finlande. Aujourd'hui, 65 pays ont une telle législation.

En Roumanie, ceux qui se sont battus pour l'adoption d'une loi sur la liberté de l'information en tirent pleinement parti. Selon l'étude de la Justice Initiative, les personnes qui s'adressent au gouvernement roumain reçoivent sans grande difficulté des informations qu'il aurait été impensable de communiquer il y a quelques années. Ainsi, le Ministère roumain de la défense a divulgué le nombre de soldats morts en 2003, ainsi que les circonstances (notamment 13 suicides, deux décès par balle, et deux morts au combat en Afghanistan).

Autre exemple, le Tribunal de Bucarest a reçu une demande concernant le nombre de juges ayant fait l'objet d'une procédure disciplinaire depuis le début de l'année 2000, et les motifs des sanctions éventuelles. Le tribunal a transmis cette requête au Conseil supérieur de la magistrature, qui a donné une réponse complète: quatre pages énumérant tous les magistrats sanctionnés, les motifs et les mesures prises.

Les gouvernants n'ont pas toujours été très à l'aise avec l'ouverture, et la bataille se poursuit pour les documents les plus sensibles. Mais dans les pays anciennement communistes, les bénéfices de la transparence sont indéniables. Pourtant, l'expérience de la Roumanie montre que le secret officiel est toujours une menace, qu'aucun pays n'est à l'abri, et que seule une vigilance de tous les instants peut l'empêcher de saper les fondements de la démocratie.

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