Le monde s’est rétréci. Avec nos cuisines pour épicentre, on balaie quelques kilomètres au maximum: le magasin d’alimentation, le parc s’il est encore ouvert, une forêt si l’on a de la chance. Les informations aussi sont redimensionnées. Le nombre de cas en Suisse, la progression en Italie, l’éventuelle quarantaine de New York et le désastre qui attend les pays les plus pauvres. Le coronavirus est partout.

Les médias lui dédient des sections spéciales, avant d’admettre que la section spéciale, c’est le reste. La marche du monde semble suspendue. Parfois pour le mieux; on nous annonce des couvre-feux dans des régions dévastées par la guerre, comme au Yémen. Si seulement cela pouvait durer…

Pour le pire…

Suspension parfois pour le pire, aussi. Dans l’ancien monde, avant la mise entre parenthèses, on lisait la tragédie migratoire qui se répétait. Une fois de plus, les migrants utilisés comme pression diplomatique entre la Turquie et le Vieux-Continent. Une fois de plus, l’Europe qui se barricade en usant de méthodes cruelles. Une fois de plus, des destins brisés contre les flots ou contre notre repli. C’était l’actualité brûlante. Et puis plus rien, ou si peu. Le monde s’est évaporé, mais ces individus se trouvent quelque part.

Alors on cherche. Et l’on trouve – peut-être est-ce notre inconscient qui clique d’abord sur la pandémie. Comme tout est en sursis, la Grèce ne voit pas de problème à avoir suspendu le droit d’asile. Disparues, les conventions internationales. Les gouvernements savent aussi comment utiliser l’épidémie pour leurs intérêts politiques.

Le confinement depuis longtemps

En Suisse, c’est au même titre qu’on entend continuer de mener les procédures d’asile, peu importe les contacts et les déplacements que cela implique, et peu importe si cela réduit de facto les possibilités pour les personnes de bénéficier d’aide pour défendre leurs droits, les structures étant à l’arrêt.

En Grèce, la pandémie avance sans discrimination. Les réfugiés, dans les camps, vivent depuis longtemps en confinement obligatoire. A bien plus que cinq. Des conditions qui sont des bombes sanitaires. Dans cette période de brouillard, pour ne pas laisser le sens s’évaporer, on serait inspirés d’apporter des perspectives à ces migrantes et migrants. Agrandissons leur monde, pour redonner sa grandeur au nôtre.


* Lisa Mazzone, conseillère aux Etats (Verts/GE)

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